Cet article fait suite à la première partie de l'interview de Virginie de Clausade à propos de son ouvrage, "De bruit et de fureur", publié aux éditions Plon.

Comment s’est déroulée la construction du livre ?

A la base, j’étais juste intéressée par le #Sida, c’est Hervé qui m’a suggéré de parler de Thierry. J’ai hésité parce que, a priori, Thierry Le Luron, je ne me sentais pas particulièrement d’affinités. Je l’ai écouté, j’ai fouillé nos archives et je me suis rendue compte qu’il était censuré de son vivant. En fouillant la presse de l’époque, j’ai retrouvé beaucoup de papiers, notamment après sa mort, qui évoquait le cancer gay et son destin à la Rock Hudson -décédé du sida-.

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Puis les années ont passé et petit à petit son histoire s’est réécrite en évacuant l’homosexualité et le virus. J’ai aussi du comprendre ce qu’était l’homosexualité avant le sida. J’ai donc fait deux choses en parallèle : m’informer sur Thierry, trouver un fil qui résonne en moi et de montrer ce tabou sur l’homosexualité à l’époque. Les interviews de Thierry Le Luron que je présente dans le livre sont un fil conducteur de son état. A chaque étape de la maladie, ses réponses et sa pensée évoluent. Même s’il a été jusqu’au bout rassurant sur son état de santé, il n’avait jamais vraiment le même discours.

S’inspirer des souvenirs d’Hervé était votre fil rouge de départ ?

Il y a deux narrateurs, le virus, et Hervé. Je voulais affranchir les lecteurs des préjugés liés à leurs connaissances sur le sujet.

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Mon but était de créer de l’affect, voilà pourquoi j’ai choisi cette structure romanesque via les souvenirs d’Hervé. Elle permet de faire lâcher prise au lecteur, de l’abandonner dans l’histoire et de lui faire avoir un regard neutre. Mon travail d’auteur a été d’aborder le Sida d’une autre manière. Une émotion naît, des sensations physiques sont provoquées, c’est cela qui marque le lecteur. Au départ, j’avais commencé à interviewer plusieurs proches de Thierry, mais j’ai vite compris que cela s’avèrerait compliqué. Chacun a sa propre vision et ses propres souvenirs, je ne me voyais pas trancher. Je me suis donc référée aux versions officielles, qui corroborent avec les agendas et les archives. Les propos d’Hervé sont en accord avec ces faits, voilà pourquoi je m’en suis tenue à lui. Il s’est montré très factuel.

Nous avons parfois pleuré en lisant le livre. Je n’ai pas la prétention de raconter la vie de Thierry Le Luron, je veux surtout montrer l’enfer que cette maladie provoque. Son histoire personnelle est très emblématique pour les malades de l’époque.

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En 1986, si tu dis que tu as le Sida, tu es radié de la vie publique, or, il vivait pour être sur scène. Il sait qu’il a le sida mais comme la mécanique de la maladie n’est pas encore claire, quand arrive son cancer, je ne sais pas s’il sait que c’est le sida ou s’il se dit qu’une maladie s’ajoute à une autre.

Je ne voulais pas sombrer dans l’obscène ni occulter la vérité, je voulais décrire la situation. J’ai beaucoup pensé à ses proches en écrivant. Je les avais toujours en tête. Lorsque son frère, Renaud Le Luron, m’a appelé après sa lecture du livre, j’étais très émue. C’était la plus belle critique !

« Les histoires n’ont de valeur que celle que tu leur donne. Hervé a un beau regard sur cette histoire. », c’est sur ces propos que Virginie de Clausade conclut cet entretien. Puissant et fort, tels sont les adjectifs qui définissent De bruit et de fureur. Comme elle le soutient précédemment, le Sida est toujours d’actualité. En 2013, plus d’1,5 millions d’individus en sont morts. Certes mise sous silence, mais toujours aussi dévastatrice, cette maladie ne doit jamais devenir à nouveau un tabou de société.

#littérature #Culture