« Une autre fois, le mobilier boiteux, vendu sur la place du village, comportait ; entre la commode, le lit de fer et des bouteilles vides, six bouteilles pleines. C'est là que je fis adolescente, la rencontre d'un prince enflammé, impérieux, traitre comme tous les séducteurs ; le Jurançon. Ces six flacons me donnèrent la curiosité de son pays d'origine. »

Collette.1922. Extrait de « prison et paradis »

Jurançon la ville, est dans la fière tranquillité des villes qui ont gagné leur nom grâce à l'#Histoire et au labeur de leurs habitants. Place, square, larges rues, sculptures, fontaine, maisons béarnaises, glissent dans le paysage sans fausse note.

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Quelques vestiges récents, mais surtout l'empreinte d'une histoire liée au vin. La devise : « Bi dou Rey Rey dous bis » (vin de roi ; roi des vins) apposée sous l'armoirie de la ville, flanquée sur la façade de la tour de l'Hôtel de Ville, nous en dit long.

On aborde le territoire viticole à la sortie de la ville. Vaux et vallons, courbent le paysage. De longues lignes parfaitement parallèles et semblables lèchent les flancs des coteaux du Jurançon. Elles rampent mélancoliquement en en suivant les sinuosités. Il semble ici que la lenteur s'est emparée de la terre. La vigne a pris son temps, dans le temps de ceux qui l'ont élevée, saisons après saisons, années après années, siècles après siècles Loin des hommes de la cité. Pourtant ce sont bien les précurseurs de la « Cité » qui apportaient, il y a deux mille ans, ce plan à grappe dorées, dont le jus savamment travaillé honore nos papilles aujourd'hui encore, et gageons pour longtemps.

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Il faudra environ 1500 ans pour parler de l'âge d'or du vignoble.

Aux XIème et XIIème siècles, le vicomte Gaston IV dit «le croisé» père de Gaston Phoebus règne sur le Béarn. Naissent alors les fors de Béarn ; les premières lois du Béarn. Morlaàs est une de ces fors dont Jurançon fait partie. Au XIIème siècle Jurançon est une vicomté des seigneurs de Béarn, c'est encore un modeste bourg de cultivateurs. Mais la vigne est considérée comme une culture « noble » ses fertiles coteaux sont bientôt happés par une population de notables de Pau, dès lors que la cour s'installe au Château de Phoebus au XVème siècle. A quelques galops de Pau ; la ville royale, le vignoble bénéficie déjà d'une large réputation. Une réputation augmentée, lorsque « noster enric »Henri IV, sera baptisé, d'une goutte de jurançon sur le front. Au XVIIème siècle, la renommée du vignoble s'étend même à l'étranger. Avec l'apparition des « crus » Jurançon selon les parcelles, ce sera une des premières tentatives de « classement des vins » en France.

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A la fin du XIXème siècle le phylloxéra ; grave maladie de la vigne, sera la cause de la disparition d'une partie du vignoble Jurançon. Au XXème siècle la tradition est reprise et le vignoble sort de son ensommeillement. En 1936 il devient une des premières appellations d'origine contrôlée et c'est l'expansion du Jurançon jusqu'à aujourd'hui.

La route des vins de Jurançon est une balade romantique à goûter et à observer, ponctuée de quelques curiosités comme la modeste mais fort coquette Chapelle de la Rousse. Dressée, « comme un seul homme », sur une crête, elle domine les coteaux du Jurançon. De là, on peut voir l'ombre monumentale de la chaine des Pyrénées déchirer l'horizon et les vallons verts ou mordorés se gaver de douceur.

Le Gave, infatigable cabotin, continue sa route vers le grand océan. Les roches sédimentaires qui barrent son passage ici et là ne le décourage pas, il les entortille, comme un galant embobine une jeune fille. Il court, se riant de tous les obstacles.

Tant et si bien que cela a donné une idée à quelques mordus de cascades sur l'eau. Ainsi le « Stade d'Eau Vive » de Jurançon est né. Et l'on peut désormais défier le torrent en Kayak.

Si Paris vaut bien une messe, « Jurançon vaut bien une liesse ! »

C'est sous cette devise qu'au mois d'octobre, le weekend « Aux bons plaisirs du roi Henri » est organisé. Deux jours de fêtes, de spectacles équestres, de défilés costumés. Un repas ... Poule au pot. Dimanche, évidemment ! A Jurançon, Le vert galant a même donné son nom à une confiture !













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