Autant il est parfois très difficile de définir ce qu'est un chef-d'œuvre, autant il apparaît que c'est une évidence pour ce film. Pourquoi « Le parrain » est-il un chef-d'œuvre ? Je ne saurai le dire avec exactitude mais en analysant, on peut observer une multitude d'éléments déterminants. D'abord les conditions du tournage avec l'opposition de la ligue italo-américaine des droits civils et des menaces de bombes qui donnent du relief à un film dès le départ contesté. Comme si tout ce qui était beau semblait être engendré par l'effort et la souffrance. Le casting du film est juste parfait. On est d'ailleurs stupéfait lorsque l'on apprend que la Paramount ne voulait pas de Marlon Brando ou d'apprendre que l'on aurait pu avoir Dustin Hoffman (parmi Warren Beatty, Jack Nicholson, Robert Redford ou encore Ryan O'Neil) dans le rôle d'Al Pacino.

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Ce film magique révèle une ambiance unique, d'ailleurs le terme de sublime n'est pas trop fort pour décrire l'impression que ce film peut produire. Al Pacino, acteur de théâtre inconnu, navigue entre le clair-obscur, habité par une beauté à couper le souffle. Marlon Brando transforme une scène en morceau d'anthologie juste avec un geste de la main sur le menton et un « mais… ». Robert Duvall est tout simplement bluffant dans le rôle du « conciliere »… Tous les acteurs vivent le film avec une telle conviction qu'il est impossible de ne pas se faire happer dans l'action. Francis Ford Coppola, réalisateur de génie, donne une leçon magistrale sur l'art de faire des gros plans et au passage ouvre le chemin d'une longue évolution sur la façon de tourner un film. Il est vrai que le livre était déjà un best-seller en 1970 mais enfin quelle gageure de filmer cette histoire.

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C'est un film ombre et lumière, voilà où réside sa splendeur. Coppola a su capter dans la pellicule l'essence de la nature humaine, ce qui fait de nous des dieux de l'amour ou bien des monstres de cruauté. La famille incarne tout cela. Chaque famille a ses victoires et ses secrets cachés. L'ascension de Vito Corleone et sa soif de revanche sur la société, son désir de vengeance et malgré tout sa bonté ainsi que le souci de l'équilibre et de la justice en font un personnage extraordinaire, attachant et sans pitié. Coppola aurait dit qu'il avait toujours pensé Le Parrain comme l'histoire d'un roi et de ses trois fils. À vrai dire pour avoir longuement étudié l'Antiquité et la mythologie grecque, il n'est pas douteux de constater que l'on a tous les ressorts de la tragédie et du souffle épique tout comme dans la guerre de Troie. Nous sommes aussi un peu dans le Shakespearien avec ces dialogues et ces ambiances de théâtre. Comment ne pas s'attarder un instant sur les dialogues qui donnent toute la crédibilité au scénario.

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Il fallait toutefois les prononcer avec le ton juste, l'expression adéquate et une fois de plus, on est bluffé par le jeu d'acteur. Des thèmes sous-jacents comme l'héritage et la notion de respect (qui semble avoir disparu de la planète) sont traités avec brio et subtilité. Il ne faut jamais oublier la première scène, celle qui nous fait pénétrer dans l'univers du film, ce soliloque long et passionné tandis que la caméra bouge lentement. Le ton est donné. Pourquoi est-ce un chef-d'œuvre? Je n'en sais rien mais tout ce que je peux dire, c'est que c'en est un. Mes respects Monsieur Coppola. #Films