Pau, fleur de la renaissance perpétuelle

Capitale du Béarn historique, chef-lieu du département des Pyrénées-Atlantiques, Pau est une ville de la région Aquitaine, située aux pieds des Pyrénées. Elle est longée par le Gave de Pau, rivière qui prend sa source au cirque de Gavarnie. La ville est située à une centaine de kilomètres de l'océan Atlantique vers ; Saint-Jean-de-Luz, Bayonne, Anglet, Biarritz) et à une cinquantaine de kilomètres de l'Espagne

Pau aujourd'hui

Il y a cette magie dans l'air, comme un vent de liberté, insufflés peut-être par l'#Histoire mouvementée d'un pays qui ne lâchait rien de sa volonté d'exister.

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La majesté des Pyrénées, la chaleur de la terre, les empreintes des femmes, des hommes d'hier et d'aujourd'hui confèrent à la ville un pouvoir d'envoûtement.

Chaleur, lumière et pluie peignent la végétation de teintes exotiques, transforment en joyaux les jardins colorés.

Les yeux du voyageur n'ont de cesse de s'écarquiller : Tout est propice à la rêverie. Prendre des airs avec le funiculaire, se surprendre sur la corniche du boulevard des Pyrénées. Se laisser séduire par la vénusienne fourrure forestière à l'assaut des roches montagneuses. Pau, c'est une histoire humaine toujours en marche. Pau l'œuvre, Pau la contemporaine, continue de marquer le paysage béarnais à la mesure des pas et des ambitions créatrices. .

Pau est au Béarn ce que le Béarn est à Pau

Et comment, lorsque l'on connaît son histoire, comment ne pas croire à la préexistence d'une identité culturelle forte à Pau ? Pau parle toutes les langues du fait des influences historiques multiples, mais continue de parler béarnais.

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Une identité culturelle forte mais ouverte sur l'extérieur. Une université réputée, plusieurs centres de recherche, des musées, des théâtres, des salles de concerts, de conférences, un palais des congrès...Si la modernité s'exprime à travers l'architecture, on demeure attaché à l'harmonie du paysage, rien ne jure, rien ne dénote. Pau est une fleur à la renaissance perpétuelle qui prend soin de ses robes anciennes.

Pau l'historique, Pau l'aventure phoebusienne

C'est entre le Xème et le XIIème siècle que le destin de Pau se dessine. Vers l'an 1000, le christianisme se répand : c'est le début des pèlerinages. De nombreuses églises romanes sont construites en Béarn. C'est une des régions les plus fréquentées d'Europe.

Tandis que les rois capétiens se succèdent sur le trône de France, leurs pouvoirs demeurent limités. Les princes, comtes et vicomtes pèsent et règnent sur leurs seigneuries respectives.

Pau, au début, n'est rien qu'un éperon rocheux formé par les vallées du Gave et de l'un de ses affluents ; le Hédas.

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C'est sur ce site au panorama somptueux, avec vue sur la chaîne de montagnes des Pyrénées, que la ville va évoluer au cours des siècles.

En l'An mil un poste de garde tout simple y est installé. Au XIIème siècle les seigneurs du Béarn y édifient un fort entouré d'une palissade.

Petit à petit, un bourg primitif se bâtit. En 1100, le hameau devient un village, puis une circonscription administrative.

Au XIIIe siècle, Pau devient « un Castelnau ». À cette époque, Les Anglais sont installés dans le sud-ouest, tandis que la souveraineté du Béarn est transmise à la puissante famille des comtes de Foix. L'allégeance de ces derniers va, selon les intérêts politiques du moment, au roi d'Angleterre ou au royaume de France.

Ce Castelnau de Pau, encore d'une rude simplicité, est un endroit stratégique, pour surveiller le passage des arrivants des Pyrénées. Autant les éventuels ennemis, que les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, qui empruntent les cols pyrénéens devenus des péages payants. Le seigneur qui contrôle ces cols se fait des revenus confortables et réguliers.

En 1385, la forteresse est d'une importance réelle, compte tenu de sa situation géographique, à cette époque troublée ; les prémices de la guerre de Cent Ans.

Il subsiste de cette période, l'actuelle tour Mazères, au sud, haute de 22m30 avec des murs de 1m65 d'épaisseur, la tour Montauser, et le haut donjon carré ; le Donjon Phoebus ; XIIIème siècle,.

On ne peut parler de Pau sans parler de Gaston Gaston III Foix de Béarn, autrement nommé Gaston Phoebus.

Gaston est né à Orthez en Béarn en 1331. Il est fils de Gaston II et d'Aliénor de Comminges.

Homme conscient de son importance sans doute, il prend l'astre du jour ; le soleil, pour emblème personnel. Il attache donc à son nom celui de Phoebus, qui, pour les grecs et les romains, est le dieu du jour ; nul autre qu'Apollon ! Or, il est rapporté que Gaston est bel homme, de fière allure, de belle stature, sa chevelure blonde s'illumine sous le soleil et flotte sous le vent. C'est un grand chasseur, un fin stratège, il est bon guerrier ; « Je ne tiens mon pays de Béarn que de Dieu et de mon épée !» dira t-il, lorsqu'il réclamera l'indépendance de son pays. Mais Gaston Phoebus est aussi troubadour à ses heures, écrivain. Une de ses œuvres : « Le Livre de la chasse », est conservée au Musée National de Pau.

« FEBUS ME FE »

Gaston Phoebus est une figure mythique de l'histoire du Béarn, par ses actions militaires, politiques, son œuvre littéraire, ses domaines, ses châteaux. Dans l'ambition de créer un véritable État Pyrénéen, il prône ainsi que le fît Gaston II, son ancêtre, l'indépendance du Béarn et l'obtient en 1347. Il transforme le Château de Pau de fond en comble, en fait une citadelle imprenable y incluant une reculhide. (Secteur particulier du château, dans lequel viennent se réfugier les habitants des villages voisins).

Il fait appel à la brique, matériau souple et facile à utiliser pour construire le lourd et haut « donjon Fébus » de 33 mètres de haut et la tour dite de la Monnaie, au pied du château.

« Gaston Fébus m'a fait » : « FEBUS ME FE » l'inscription qu'il fait apposer sur toutes ses citadelles, est encore visible au château de Pau.

Gaston Phoebus demeure neutre lors de la Guerre de Cent Ans. (Conflits entre les royaumes d'Angleterre et de France). Ainsi le Béarn sera l'une des rares vassalités, à ne pas connaître la guerre, la famine, ou la peste. Ses domaines sont relativement épargnés des destructions.

On n'en serait bien resté là de l'histoire presque idyllique de Gaston III Foix-Béarn, mais l'éclat de Phoebus pâlit et l'homme montre sa face ombrageuse. Il fait assassiner son frère dans une querelle de pouvoir. De son mariage avec Agnès de Navarre, est né un fils, que Phoebus l'accusant de vouloir l'empoisonner, fera enfermer dans une des tours de son château. Un jour dans un accès de rage il l'étrangle (Plusieurs versions en ont été faites). Il écrira plus tard un recueil de prières, qu'il intitule ; « Livre des oraisons », dans lequel il demande pardon à Dieu pour cet infanticide. Phébus meurt en 1391. Il serait mort d'une apoplexie lors d'une chasse à l'ours. Tant de légendes poussent dans l'histoire....

Le XV siècle voit souffler en France une inspiration Renaissance venue d'Italie L'esthétique prime sur l'aspect défensif. Le château de Pau est rénové par Gaston IV dans un style en rapport avec ces temps nouveaux. Pau devient la capitale du Béarn.

Le Bon Roi Henri, renaissance.

Au XVIème siècle la famille royale de Navarre, Henri d'Albret et Marguerite d'Angoulême, s'installent à Pau. Henri D'Albret n'a eu de cesse, de conquérir et reconquérir le royaume de Navarre (Pris par la Castille). En 1525, combattant aux côtés de François Ier, il est fait prisonnier avec lui à Pavie. En 1527, il épousa la sœur unique du roi, Marguerite d'Angoulême. Marguerite est une femme audacieuse, cultivée charmeuse. Elle fut reçue de nombreuses fois chez Léonard de Vinci. La reine est l'auteure d'un recueil de nouvelles qui se voulait sur le modèle du « Décaméron » de Boccace (« Cent nouvelles »). Inachevé il sera édité sous le titre de « Heptaméron ». Margueritte et son époux s'installent au Château de Pau, qui devient Palais Royal. La Reine y apporte la douceur et la renaissance de son pays angevin déjà touché par le nouveau courant. Le couple royal jouera également un rôle important dans le développement de la « Réforme » (religion protestante), inspirée par Calvin en France et Martin Luther en Allemagne et en Suisse. Jeanne d'Albret, la fille du couple d'Albret, fera convertir le Béarn au courant protestantisme lors qu'elle succédera à son père.

Jeanne d'Albret et son époux Antoine de Bourbon s'attachent au réaménagement extérieur, créent des jardins ou vergers appelés plus tard « la Haute plante » (actuelle place de Verdun). Un palais de justice (futur Parlement de Navarre, L'actuel Hôtel du département) est construit, un pont de pierre pour franchir les eaux capricieuses du Gave. (Pau comprend aujourd'hui 45 ponts dont 9 remarquables). Pau est en pleine croissance. Elle s'étend et se développe en dehors de ses fortifications.

En 1553 Jeanne d'Albret met au monde un enfant, Henri III de Navarre. Les rois de France et de Navarre seront ses parrains. Il est baptisé comme de coutume d'une goutte de vin de Jurançon. Un berceau extraordinaire est offert à sa naissance, une carapace de tortue marine. (Visible au château de Pau).

Henri III de Navarre accède au trône de France en 1589, sous le nom de Henri IV.

Pau continue son ascension, même si le Roi règne depuis Paris et ne vient plus guère dans sa ville natale. « Le Bon Roi Henri », porté par la bonté de son cœur pour ses sujets, autant que par ses victoires, dit-on, est aimé tout pareil par son peuple. Son armée le nomme « le Roi des braves » pour marquer son courage et son génie militaire. Il met un terme aux guerres de religion avec l'édit de Nantes. Qui octroie entre autre le droit de pratique religieuse indifféremment de celle du règne. Auparavant ; la religion du roi était la religion du peuple. Sa sœur Catherine de Bourbon assure la régence tandis qu'il siège à Paris. Pau gagne son statut de ville, toujours dotée d'une certaine indépendance et de nombreux privilèges. La ville est marquée du sceau du Roi, qui même à distance se préoccupe toujours de la cité qui l'a vu naître. Henri IV épouse Marie de Médicis en 1600.

Henri IV régnera 21 ans, jusqu'à ce jour où Ravaillac l'assassine d'un coup de poignard, en mai 1610. Tout le monde s'en souvient !

Le prix de la renaissance encore.

Sous le règne de Louis XIII ; fils de Henri IV, le Béarn est définitivement rattaché à la France et redevient Catholique. Les libertés acquises par l'Edit de Nantes se restreignent jusqu'à l'interdiction de la pratique du protestantisme à sa révocation. Les temples sont détruits, les protestants persécutés. Certains fuient, d'autres continuent à braver les interdictions pratiquant leur religion dans la clandestinité. Lorsqu'ils sont pris, les pasteurs sont pendus, les hommes condamnés aux galères. La galère la plus connue « La Réale » est un véritable bagne flottant. Dont on peut voir une maquette au Musée Jeanne d'Albret, à Orthez.

Le développement de Pau continue jusqu'au XVIIIème siècle. Puis vient la Révolution française. Pau et son parlement expriment leurs désaccords vis-à-vis de Louis XVI, tout en s'opposant aux décisions venues de la capitale et à la Terreur.

La révolution française redonne la liberté de culte aux protestants, notamment grâce à la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen en 1789 complétée en 1793, fait un peu moins connu.. . (L'article 10 de 1789 est relatif à la liberté d'opinion, et de religion, (droit individuel) qui trouve son application dans l'article 11 sur la liberté d'expression. En 1793, la liberté d'opinion (Droit individuel) n'est pas expressément proclamée, mais l'article 7 affirme haut et fort la liberté d'expression et de culte. (Droit collectif). Tandis que la tête de louis XVI tombe le 21 janvier 1993.

Si le Château n'est guère endommagé du fait de la Révolution, il n'en subit pas moins les outrages du temps, étant sans destination véritable de 1792 à 1830.

Le Château revient à Louis-Philippe, roi des français, lointain descendant d'Henri IV. Il entreprend un chantier de rénovation qui dure jusqu'aux premières années de la IIIe République et modifie radicalement l'aspect du monument. De cette époque datent la petite chapelle devant le donjon Fébus, une tour jumelle (tour Louis Philippe) sur la façade ouest, la création d'un décor intérieur somptueux où tapisseries anciennes, meubles et objets d'#Art s'insèrent dans des lambris dorés.

Lorsqu'il arrive à Pau en 1808, Napoléon tombe sous le charme du panorama. Il poursuit les travaux. Il orne fenêtres et lucarnes de bas reliefs, fait construire un élégant portique néo-renaissance ouvrant le château sur la ville, fait élever une nouvelle tour, actuelle Tour Napoléon,

D'autres grands travaux sont décidés pour l'embellissement de la ville. Pau est une grande cité commerçante, notamment grâce aux ateliers de tisserands qui y sont installés. Ce n'est pas sans générer quelques problèmes d'insalubrité, malgré les efforts réalisés de l'époque des d'Albret, pour assainir la ville.

Un axe routier Paris-Pau-Madrid est tracé, la place Bonaparte est agrandie. Napoléon ouvre la Place Royale vers les Pyrénées en abattant le grand rempart qui en occultait la vue. Depuis longtemps, le Béarn est une importante région d'élevage de chevaux. Il créé également les Haras de Gelos, introduisant les premiers chevaux étalons Arabes. Dès le début du XIXème siècle, Pau est surnommée la « capitale du cheval ».

Napoléon exilé, après les défaites contre les anglais, le peuple accueille Louis XVIII.

La propriété de Anna de Noailles est racheté par le maire de Pau Aristide Montpezat. Il y fait créer un parc magnifique, ouvert à la population : le Parc Beaumont. Il accueille l'aristocratie européenne. Un casino y est même installé. Quelques années plus tard un Palais d'hiver est construit sans les jardins. Il deviendra en 1900 sous la main de l'architecte Wybo ; qui a dessiné « 'le Printemps » à Paris, le Palais Beau mont tel qu'on le connaît aujourd'hui. C'est devenu un Centre de Congrès Historique.

Henri Faisans maire de Pau en 1888, est l'initiateur de la construction du funiculaire dessiné par l'architecte Bonnamy. Le funiculaire relie la gare (ville du bas) au centre ville ;(ville du haut). C'est également à l'initiative du maire, qu'est réalisé le Boulevard des Pyrénées conçu par Adolphe Alphand, collaborateur de l'urbaniste parisien Haussmann, conçoit le Boulevard des Pyrénées à partir d'un balcon naturel, comme le font d'autres urbanistes à Nice pour la Promenade des Anglais.

Peu à peu, l'engouement de la colonie anglaise pour la ville, créé une nouvelle activité, le tourisme. « Si vous êtes malade, allez à Pau ; si vous êtes sportsmen, allez à Pau. Si vous aimez les longues promenades, allez à Pau ; si les beaux paysages vous plaisent, allez à Pau ». C'est ainsi que le « Journal des Étrangers » incite les anglais à se rendre et même demeurer à Pau. Ils mettront leur touche anglaise à la ville.

De nouveaux travaux d'embellissements sont entamés, le chemin de fer arrive, la ville réalise le tout premier tout à l'égout du sud-ouest, la promenade de la corniche est construite. Le premier golf du continent se dessine. Golf de Billère. Les anglais, fort amateurs de chevaux et de courses hippiques, découvrent une des traditions du Béarn : l'élevage équin. Les éleveurs béarnais sont réputés pour l'excellence de leur travail. Bientôt un hippodrome voit le jour.

Renaissance toujours

Au XXème siècle, Pau vit l'aventure aéronautique. Orvilles et Wright les inventeurs de l'aéroplane, s'installent à Pau pour leurs essais. Blériot y fonde son école de pilotage. Une première mondiale. Pau est alors un très important pôle aérien.

La première guerre Mondiale sonne l'arrêt à cet enthousiasme créatif. Puis le siècle voit s'annoncer une nouvelle période atroce. L'atmosphère optimiste et guerrière de Pau ne s'endort pas.

En 1940 Le département est coupé en deux par la ligne de démarcation fixée par l'armistice du 22 juin. Celle-ci passe par Orthez, Sauveterre, Saint-Palais, Saint-Jean-Pied-de-Port. Pau est donc en Zone non occupée. Des groupements de résistants s'activent, conduits par quelques chefs départementaux, Honoré Baradat, Ambroise Bordelongue et Paul Boudoube, des zones de maquis entre Orthez, Oloron et Pau s'organisent. Des sabotages ont lieu sur la ligne de Pau-Canfranc, qui parait-il transporte l'or allemand transitant d'Espagne. Après l'occupation de tout le pays par les allemands en 1942, la surveillance est réduite mais ne disparaît pas totalement. La ligne Pau-Canfranc continue à être utilisée par la résistance française.

Après la seconde guerre mondiale, la découverte de gisements de gaz et de pétrole à Lacq, tout près de Pau, éveille l'intérêt des industriels. La ville double le nombre de ses habitants pour le quadrupler jusqu'à aujourd'hui.

On peut dire que Pau ne s'est pas reposée longtemps au cours de son histoire, du Xème siècle à ce jour, elle a constamment évolué sans faillir. Cela rappelle une des devises de Gaston Phoebus : "Tòcas-i se gausas !" Traduction approximative : « touche s'y si tu oses ! »

BN