Suite au succès de « Prisoners », Denis Villeneuve revient faire équipe avec Jake Gyllenhaal, devenu son acteur fétiche. Réflexions fortes au programme, accrochez vos neurones.

Enemy est un de ces films impossible à définir. Thriller sans vraiment en être un, l'action demeurant absente, le film aborde un sujet cher au #Cinéma : la double personnalité. Adaptation relativement libre du livre « the double », l'histoire relate deux destins. Celle d'Adam, professeur d'histoire à la vie « plan-plan », sans activités, vivant dans un appartement minable et partageant, de temps à autre, sa couche avec une joie blonde. Incarnée par Mélanie Laurent, ils ne semblent pas être sérieusement engagés.

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De l'autre côté, Anthony, acteur raté, amateur de toutes sortes de jolies choses : son appartement, son corps, sa moto, sa femme…les femmes. Futur papa, l'homme ne semble pas encore prêt à assumer ce rôle. En somme, deux vies totalement différentes, deux hommes que tout sépare. Et pourtant. Le premier se trouve être la copie conforme du second, et vice-versa. Sosies ? Jumeaux séparés à la naissance ? Lorsqu' Adam découvre l'existence de Anthony par le plus grand des hasards, dans un de ses petits rôles en louant une vidéo, il a le déclic. Qui est cet homme qui me ressemble autant ? Avons-nous un lien ? Mais aussi et surtout, nos vies aussi sont-elles similaires ? Le film nous plonge dans une intrigue à double dimension où se confondent rêves, espoirs et réalités.

Un thème délicat et pourtant efficacement traité.

La schizophrénie, la double personnalité, la perte de mémoire, la paranoïa… sont des leitmotives du cinéma et ce depuis plusieurs années.

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Difficile de ne pas citer Fight Club, the Machinist ou encore Memento, références dans le genre. Le thème y apparaîtrait alors presque comme essoufflé. Et pourtant. Enemy arrive sans peine à tirer son épingle du jeu. Malgré des indices dissimulés ici et là, il est presque impossible au premier visionnage de se prononcer sur le sort des deux personnages. Tout comme ses grands frères, il enchantera les amateurs d'énigmes et films à double lecture. A chacun son interprétation. A l'heure où j'écris ces lignes, foule de blogs et de youtubers cinéphiles se bousculent déjà pour imposer leur propre schéma de lecture. Je recommande tant ce film que je ne le spoilerais pas et ne vous proposerais donc pas mon interprétation des faits. Mais un conseil : méfiez-vous des araignées…

Des araignées qui tissent leurs toiles tout autour de Jake Gyllenhaal , de la première scène jusqu'à la dernière. C'est l'étrange animal totem que le réalisateur Denis Villeneuve a choisi de mettre en avant dans de somptueux plans fantasmagoriques.

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Monopolisant le subconscient du/des héros, les araignées sont omniprésentes… à vous d'interpréter leurs rôles et utilités. Quelques indices ? Les araignées sont souvent utilisées pour symboliser les femmes, cela par leur grâce, leur souplesse et leur agilité. Toutefois, par leurs toiles, elles contrôlent également plusieurs destins. Une fois pris dans le piège, difficile de s'en échapper, nous ne pouvons en remettre qu'à la fatalité… La fatalité, quelque chose qui semble poursuivre les deux personnages, prêts à tout pour bousculer leur modeste quotidien en allant à la rencontre de l'autre, sosie au demeurant. Jouer deux personnages à l'apparence quasi identique, mais au style de vie et de penser radicalement opposés, c'est le défi que relève haut la main l'acteur Jake Gyllenhaal. Après des films comme Donnie Darko, Zodiac, Source code ou Prisoners , qui est sorti l'an dernier, l'acteur américain n'avait plus rien à prouver. Habitué aux rôles complexes, il délivre là un jeu presque sans faute. On retiendra cependant quelques lenteurs durant certaines scènes, notamment la fatidique rencontre entre les deux « doubles ». Raideur sûrement dû au réalisateur plus qu'à l'acteur, mais qu'importe. Enemy est un film qui va vous retourner le cerveau et vous plongera dans des hypothèses sémiologiques dont même votre professeur de philo n'aurait aucune idée. Et qui réveillera mêmes vos vieilles angoisses ennemies peut-être, lecteurs agoraphobes, qui sait…