Un petit prologue en images:

Le film Cria Cuervos, de Carlos Saura, en 1975:  

Extrait: au moment de la mort de Franco, on assiste à une scène de la mort, de l'enterrement d'un haut dignitaire de l'armée de Franco, dans les yeux d'une petite fille. Cette scène préfigure la mort de Franco, il s'agit d'un constat visuel de l'Espagne de l'époque: on y voit tout ce qui fait l'Espagne d'alors: des militaires, des prêtres, la bureaucratie.  On remarque aussi le personnage de la tutrice de l'enfant:  qui personnifie une éducation très sévère, de la vieille Espagne, comme celle qu'a reçue Pedro Almodóvar dans son enfance. 

La tutrice est une représentation de l'Espagne  traditionnelle, paralysée, et étouffée.

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La petite fille qui regarde la mort du militaire représente l'espoir, face à la mort de Franco, personnifié par la mort du haut dignitaire. 

Pedro Almodóvar est né en 1949, ou en 1950, comme il se plaît à le dire.  Il a eu une éducation très religieuse. Il a étudié chez les Pères Salésiens et les Franciscains. Cela est resté comme une période difficile de sa vie, qui lui a fait perdre la foi, et a motivé chez lui une certaine aversion pour la religion.

Dans son enfance, il était très timide, et il parlait très peu. Il n'a pas fait d'école de #Cinéma, il s'est forgé sa propre culture cinématographique en allant voir des #Films, notamment des films italiens, avec Monica Vitti, son actrice préféré, mais aussi des comédies hollywoodiennes, de Frank Capra, de Billy  Wilder. Des cinéastes qui sont des cinéphiles comme lui, qui n'ont jamais fait d'école de cinéma, et qu'il admire.

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À 18 ans, il décide de s'installer à Madrid. Sur ce point, on peut faire un parallèle avec Fellini, qui est lui aussi devenu un urbain, en s'installant à Rome. 

En 1968, il décroche un emploi à la Telefónica, la Compagnie Nationale de téléphone d'Espagne. Il y restera douze ans, jusqu'en 1980. Le soir, il fait du théâtre au sein d'une association de jeunes, qui possède sa propre troupe de théâtre, Los Goliardos. C'est là qu'il rencontre Carmen Maura. Il écrit également des nouvelles dont certaines seront publiées, et il collabore avec des revues underground telle la revue El Víbora. El Víbora est un périodique espagnol, de bande dessinée, qui a existé de 1979 à 2005. Á cette époque, il visionne également avec ses amis, des films de Pasolini.

En 1980, un mouvement culturel créatif , la Movida, voit le jour, après la mort du Général Franco. Le terme movida vient de l'espagnol "hacer un movida". Cela signifiait à l'époque, quitter le centre de Madrid pour s'approvisionner en drogue en tous genres pour revenir ensuite le consommer dans la capitale.

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Ce mouvement est porté par le désir de renouveau de la jeunesse espagnole et l'émergence de nouveaux acteurs, au niveau artistique et culturel. Il a ainsi contribué à la modernisation et à l'intégration de l'espagne dans l'Europe démocratique.

Pedro Almodóvar commence donc à se revendiquer de ce mouvement, à partir de son premier film en 16mm, tourné en 1980, Pepi, Luci et Bom, y otras chicas del monton, en VO, ou autrement dit Pepi, Luci, Bom, et les autres filles du quartier. Il s'agit d'un film ou Pedro Almodóvar se positionne encore comme un amateur, et non comme un professionnel. Dans ce film, on voit une jeunesse qui s'exprime de manière irréfléchie. Tout est filmé sur un plan horizontal, pour ainsi mettre en valeur le mauvais goût de l'époque. On remarque qu'il n'y a aucune hiérarchie entre les personnages. Ils sont tous mis au même niveau. En outre, on constate une grande liberté d'expression, concernant le sexe, la drogue, etc, et il y est fait une grande consommation de stupéfiants, justement.