Depuis la version de Cécil B.Demille en 1956, avec Charlton Heston, personne jusqu’alors ne s’était risqué à vouloir réadapter à l’écran les vicissitudes d’un des plus illustres personnages bibliques : Moïse.

Le réalisateur de Blade runner, Ridley Scott, se dévoua enfin pour relever ce challenge poussiéreux, via une version 2014 pharaonique, interprété par l’acteur britannique Christian Bâle, touché par la grâce. Pari réussi pour le réalisateur, bien qu’il y ait un petit bémol, et non des moindres. Bien que les deux versions semblent respecter dans les grandes lignes le récit biblique, force est de constater qu’elles témoignent toutes deux d’un manque d’objectivité historique, doublé d’un obscurantisme criant, concernant un fait.

Que ce soit la version de 1956 et celle de 2014, toutes les deux affichent ostensiblement un pharaon à la couleur de peau blanche. Le premier par l’acteur américain Yul Brynner et le dernier, par l’acteur australien Joel Edgerton. Or, l’histoire nous démontre par toute sorte de vestiges archéologiques et scripturaires, que les pharaons antiques avaient la peau noire, noire ébène. Les écrits péremptoires et lumineux d’un Hérodote, d’un Champollion ou d’un feu Cheick Anta Diop, entre autres, sont la pour nous le rappeler à juste titre, pour ceux qui l’ignorent. Tenant compte de ce fait, la question légitime qui me taraude l’esprit est celle-ci : pourquoi Hollywood rechigne-t-il à montrer des pharaons noirs, ce que l'histoire confirme? Cela dérange t-il vraiment de montrer à la face du monde, que le premier paradigme civilisationnel dans l’histoire, fut impulsé par des pharaons noirs ?

Comme si les oligarques hollywoodiens, agrémentés d’un sourire sardonique, s’obstinaient avec complaisance, à ne vouloir montrer qu’une image subalterne des noirs. Comme si cette vérité historiquement implacable, véhiculant conjointement une image glorieuse, élitiste, valorisante, voire paternaliste, ne pouvait cadrer avec leurs visions viscéralement étriquées, réductrices et stéréotypées qu’ils ont de cette communauté.

Les raisons qui ont permis ces faits obscurantistes, sont les mêmes que celles qui ont permis la destruction et le vandalisme stratégique des nez, de plusieurs bustes et statues de pharaons (à commencer par le Sphinx !), et ce afin de mieux cacher insidieusement, leurs aspects négroïdes respectifs. Si pour certains cela peut paraître un détail, pour ne pas daigner le mettre en exergue, pour d’autres cela ne l’est certainement pas, notamment pour la communauté noire « instruite ». Le seul à avoir daigné rétablir cette vérité historique, fut Michael Jackson dans son clip « remember the time », où l’on pouvait voir un pharaon noir, incarné par l’acteur américain Eddie Murphy. Ce qui, il est vrai, peut prêter à sourire à certains égards, venant d’un noir qui au final…est devenu blanc ! Il serait donc temps à l’avenir, pour une énième adaptation future de ce même personnage biblique qu’est Moïse, de rétablir cette vérité honteusement obscurantisée, par soucis de réalisme, en cessant de nous faire passer des vessies pour des lanternes ; car en des temps immémoriaux, l’histoire s’est bel et bien écrite noir sur blanc. #Livres #Cinéma

Enfin, nonobstant cette bavure historique et quelques fantaisies scénaristiques (comme celle d’un Dieu représenté par un enfant. Sic !), le film tient toutes ces promesses en matière de divertissement, et monsieur Ridley Scott, signe une fresque épique, digne des plus grands films hollywoodiens !