Blasting News : Comment définirais-tu le métier de monteur son ?

PB : Un monteur son, c'est l'un des trois piliers de la chaîne du son au #Cinéma avec l'ingénieur du son et le mixeur. Autrefois, l'assistant monteur image s'occupait du montage son, puis la filiale s'est développée avec l'avènement du numérique, et c'est devenu un travail d'envergure. Concrètement, le monteur son récupère les sons enregistrés pendant le tournage. Le montage son peut se diviser en deux sous-métiers : monteur parole et monteur ambiance/effet. Le monteur parole s'attaque à un fastidieux travail de nettoyage, il enlève tous les sons parasites qui gênent les dialogues.

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Il peut être amené à aller chercher d'autres morceaux de phrase voire des syllabes sur d'autres prises pour masquer un bruit. Si ce n'est pas récupérable, il faut rappeler le comédien pour réenregistrer la voix, on appelle ça la post-synchro. Le monteur s'occupe ensuite de recaler le son, syllabe par syllabe. Le monteur ambiance et effet s'occupe lui de créer tout l'univers sonore de l'histoire, variant entre réalisme et subjectivisme. Il est vrai qu'en France, on ne peut pas travailler tous les jours sur les cris de Godzilla, mais il y a de quoi s'amuser. Le monteur son va s'occuper de tout ce qu'un bruiteur ne peut faire dans un auditorium de bruitage : les voitures, les hélicoptères, les tanks, les bombes atomiques, etc.

Blasting News : Concrètement, comment travailles-tu ? Quels sont les outils que tu utilises ?

PC : Je travaille dans une salle traitée pour avoir une acoustique neutre, et les enceintes que j'utilise ne sont pas choisies parce qu'elles font des jolis sons, mais parce qu'elles sont précises et neutres.

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Elles ne dénaturent pas les sons que j'écoute. On utilise des logiciels comme Protools qui sont des séquenceurs où sont disposés tous les sons. Souvent, il y a un empilement de plusieurs sons, disposés sur des pistes les uns au-dessus des autres, pour arriver à sortir le son voulu. Autour de moi, il y a cinq enceintes, trois devants et deux derrière.

Blasting News : Quelles ont été tes expériences les plus marquantes ?

PC : Mes expériences les plus marquantes sont bien sûr celles où j'ai été amené à travailler pour des film à grosse production comme Taken produit par Europa Corp, car on a beaucoup de moyens et du temps. J'ai aussi beaucoup aimé travaillé avec Wim Wenders sur "Le Sel de la Terre" (récompensé du César du meilleur documentaire) parce que j'admire le réalisateur. Une autre expérience marquante pour moi a été de travailler sur un film qui mettait le son au coeur du scénario, qui parle d'une fille qui est en train de devenir sourde et qui décrit dans un carnet tous les sons pour s'en souvenir.

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Elle rencontre un jeune musicien qui va devenir son amant. Il va alors construire un machine incroyable qui lui permet d'entendre les sons par le contact de ses dents sur une planche. Il lui construit alors une machine à son et joue de cette machine pendant deux minutes. Le pied pour moi ! Parfois certains projets sont intéressants pour leur contenu et peuvent surprendre : ce qui est marquant, c'est de travailler avec des gens qui ont du talent, apprendre leur technique et s'enrichir de leur expérience. Cela peut sembler un peu bateau mais c'est vrai.

Blasting News : En terme de créativité, que peut apporter un monteur son sur un film ?

PC : Il y a un réel apport qualitatif par exemple sur les paroles, car tout est au bon niveau et on n'est jamais gêné par des bruits parasites. Et c'est agréable d'être plongé dans un univers. Le son vient compléter l'image. L'image donne un repère dans l'espace au spectateur et le son le plonge à l'intérieur. Dans le cas d'un film réaliste, ça donne juste un aspect "normal". Le son doit être le plus transparent possible. C'est ce qui est horrible, lorsqu'on on fait un bon travail, personne ne remarque rien. Par contre, si quelque chose ne va pas, ça s'entend tout de suite ! Pour des films moins réalistes, le son apporte vraiment un plus. C'est étonnant mais le son est plus chargé en subjectivité que l'image. Par exemple, si on écoute une ambiance de pluie avec de l'orage, on se sent presque téléporté dans un autre espace ou dans un souvenir, c'est très primaire. L'image quand à elle, est plus intellectuelle et donne moins de choix d'interprétation.

#Césars 2015

Blasting News : Comment fonctionne la relation avec le réalisateur ?



PC : Tous sont différents et tous ont leur tempérament, leur caractère. Mais une chose est sûre, c'est qu'il vaut mieux dans un premier temps marcher sur des oeufs avec eux. Beaucoup boudent encore trop le montage son, et favorisent souvent la musique : ils préfèrent venir au mixage une fois que tout est là (parole, bruitage, ambiance, effets, musique). Ils font alors leur petite cuisine. Le problème, c'est que s'il manque un son, c'est un peu compliqué de le rajouter en mixage. Le plus souvent, le réalisateur passe au milieu et en fin de montage son pour "valider". On sent tout de suite si un réal est sensible ou pas au son. Dans un cas, on essaye de coller au plus à ce qu'il veut, dans l'autre, on fait selon notre goût et on croise les doigts pour que ça lui plaise.