Michel Boujenah sillonne les scènes françaises avec son spectacle "Ma vie rêvée". Ce taulier de l'humour, plus facétieux que jamais, parle de tous les sujets, il nous emporte, entre rêve et réalité, dans son univers imaginaire avec tendresse et poésie.

Blasting News : Votre spectacle s'intitule "Ma vie rêvée", pourquoi vous ne racontez pas votre vraie vie ?

Michel Boujenah : Parce que ma vie au premier degré n'a aucun intérêt ! Je ne suis pas Roman Polanski, je ne suis pas Hemingway...Et parce que je crois aussi beaucoup à la fiction. Par exemple, vous voyez Jean Valjean, il n'a jamais existé, et pourtant il est toujours là ! Superman, je me suis renseigné, il ne vole pas, et même je crois qu'il n'existe pas, et pourtant il est extrêmement présent dans notre imaginaire.

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Moi j'adore ça ! Quand j'invente des histoires et que je mens sur ma propre vie, je trouve que c'est d'abord plus amusant, et j'ai vraiment l'impression de faire mon métier d'artiste, de créateur, et de raconteur d'histoires !

Est-ce que c'est aussi de la pudeur d'aller sur la féerie, la poésie, dans une époque où tout le monde étale sa vie sur les réseaux sociaux ?

Si je n'avais pas de pudeur, je ne pourrais pas faire rire ! Mais ce n'est pas par pudeur, c'est par goût profond pour l'imaginaire. Moi je suis comme un enfant qui joue avec un bout de bois en disant :" Et maintenant j'attaque le château, il est en feu, mais je m'en fou je passe à travers les flammes ! ". Je le dis dans le spectacle, je ne veux pas quitter la scène, parce que sur scène c'est moi qui décide tout ! Sur scène, c'est moi qui écrit l'histoire, et sur scène, on ne se fait pas tuer dans un musée en Tunisie, on ne se fait pas tuer parce qu'on est flic, on ne se fait pas tuer parce qu'on fait des dessins, on ne se fait pas tuer parce qu'on est juif, alors que dans la vraie vie quand on meurt, on meurt.

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C'est ça le pouvoir de la fiction, on ne peut pas mourir.

Vous en parlez, l'actualité est très lourde en ce moment...

Ah ouais c'est pas facile ! Enfin en ce moment je meurs de rire avec le Front national ! Ils n'arrêtaient pas de dire : " Regardez ! Nous on n'est pas pas comme les autres ! ". Là effectivement ils ne sont pas comme les autres, ils sont pires !

Vous adaptez votre spectacle à l'actualité ?

Pas toujours, mais je ne vis pas non plus en dehors du monde. Même si dans mon spectacle je dis que chez moi personne ne meurt, je ne pouvais pas ne pas parler des événements de janvier (ndlr : les attentats de Charlie Hebdo). Mais ce n'est pas de l'impro, je réfléchis avant à ce que je vais dire. Je pense qu'on peut rire de tout, mais pas n'importe comment. Ce n'est pas seulement avec "n'importe qui", comme disait Desproges, c'est surtout " comment ? " la vraie question !

Vous avez une longue carrière et beaucoup de spectacles à votre actif, vous pourriez vous contenter de faire un best of de vos sketchs !

Ça fait 36 ans que je joue seul sur scène, c'est sûr que si je voulais faire un best of j'ai de quoi.

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Pas question ! Le best of c'est la mort pour moi. Non, j'avance. Le temps est passé déjà trop vite, et je suis très en retard. Je suis comme le lapin dans " Alice aux pays des merveilles ", qui est tout le temps en retard. J'ai des tas d'histoires à vous raconter, et je ne les ai pas encore écrites ! J'en ai plein dans la tête si vous saviez ! Le problème c'est que je suis très lent. Je dis souvent aux gens qui travaillent avec moi : " Laissez-moi tranquille, les arbres ne poussent pas en un jour ", et un ami m'a dit : "Arrête avec cette image à la con, parce que...t'es pas un arbre. Un arbre ça peut vivre 300 ans, toi ton espérance de vie est beaucoup plus courte, donc va plus vite ! ".

Vous racontez des histoires sur scène, et au cinéma aussi ?

Oui je commence le 6 juillet à tourner mon troisième film en tant que réalisateur. Il s'appelle " Le cœur en braille ". Je suis tombé sur ce livre jeunesse d'un auteur qui s'appelle Pascal Ruter, et ça m'a vraiment touché. Je suis tombé sur ce livre à un moment où je n'aimais pas toutes les autres histoires que j'écrivais. Et d'ailleurs c'est bizarre, depuis que j'ai fini d'écrire ce film, d'autres idées sont venues, et je viens de finir le scénario d'un autre film que je ferai après. J'ai été très rapide d'un coup, et cette histoire, "Le cœur en braille", m'a beaucoup aidé, je l'adore !

Michel Boujenah en tournée avec "Ma vie rêvée", à la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand le 22 mai ; au Pôle culture de Saint-Maximin les 23 et 24 mai ; à Mouilleron, le 27 mai ; à Nantes le 28 mai... Toutes les autres dates sur michelboujenah.fr. #Cinéma #Célébrités