Le cinéma est certes une distraction mais certains réalisateurs l’utilisent aussi à des fins plus engagées. Qu’ils se revendiquent documentaristes ou qu’ils prétendent réaliser des comédies, ces cinéastes donnent en fait à voir d’authentiques peintures sociales.

« Moi, Daniel Blake », ou les vices du système bureaucratique

Le nouveau film de Ken Loach a reçu la Palme d’Or et on comprend pourquoi. Lui, Daniel Blake, c’est un menuisier de 59 ans obligé de cesser toute activité, suite à une crise cardiaque. Il s’en remet aux institutions qui n’acceptent de l’indemniser qu’à condition qu’il cherche du travail, bien qu’il ne soit pas en mesure, selon ses médecins, d’en accepter.

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L’homme s’enfonce alors dans un système aux rouages mal huilés qui le précipite à son tour dans une misère sans nom. Au cours de son épopée, il se lie d’amitié avec une jeune femme, qui se trouve dans une situation similaire à la sienne. De bureaux en banques alimentaires, les deux personnages font face tour à tour à la sottise de fonctionnaires zélés, à l’indifférence des passants et parfois – tout de même ! – à la solidarité. Parce que ce film montre comment les gens vivent, il en devient politique, tant il dénonce la bureaucratie kafkaïenne de l’État britannique qui délègue à des #Sociétés privées une partie des démarches administratives. Et parce que l’on sait qu’une telle histoire n’a rien d’une fiction, on en ressort ému et changé.

« Ta’ang », ou l’immigration vue de Chine

À l’heure de l’évacuation de la « Jungle » de Calais, un documentaire sur l’immigration peut soulever quelques réticences.

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Toutefois, le film de Wang Bing ne s’intéresse pas aux mouvements de population que connaissent les Occidentaux mais à ceux qui touchent quelques minorités birmanes, comme le peuple des Ta’ang. Depuis 2015, une guerre civile au Myanmar contraint des milliers de femmes, d’enfants et de personnes âgées à franchir frontière vers la Chine. Ce sont ces individus que filme le cinéaste dans cette monographie aux images livrées sans commentaire de la part du réalisateur qui présente ainsi la réalité telle qu’elle est. Derrière la caméra, on ressent toutes les émotions de ces gens pris entre la crainte de partir et celle de rester. Mais plus que les émotions, ce sont les relations qui sont au centre du propos : comment, à mesure que l’on s’éloigne de ses proches, on se rapproche de ses compagnons de route dont on ne s’isole que lorsqu’on reçoit un appel de sa famille. Ici, même le détail le plus insignifiant prend une importance capitale car, derrière le calme apparent de la flamme vacillante d’une bougie, se cache la violence guerrière à l’origine de cet exil forcé.

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« Sing Street », ou le Dublin des années 80

De prime abord, on serait tenté de classer le film de John Carney dans la catégorie des comédies. Pourtant il dépeint lui aussi un bout de société. Une société passée certes, mais tout de même. Un jeune ado irlandais, perturbé par le divorce de ses parents et son changement de lycée, qui, pour séduire une jolie fille, décide de lancer un groupe de musique pop-rock… Rien d’extraordinaire, a priori. C’est sans compter la forte dimension autobiographique de ce tableau campant la vie d’une famille en crise dans le Dublin des années 1980. La musique devient alors un exutoire à un moment où il est dur de percer quand toute carrière musicale commence à Londres. Pour autant, ce « feel-good movie » parvient à faire chanter et danser ses spectateurs, chose que ni Ken Loach ni Wang Bing ne cherchent à faire.

#Films #Cinéma