Un proverbe français dit : « Sur l’apparence est bien fou qui se fonde ». Avec Fight Club The Game ou Se7en, David Fincher s’est toujours amusé avec les faux semblants mais cette fois en traitant le cas épineux du drame conjugal. Pour incarner le couple parfait digne d’une affiche de magazine, le réalisateur du film #Gone Girl fait appel à Ben Affleck dans le rôle du mari fraîchement débarqué du Midwest et Rosamund Pike en fragile épouse New Yorkaise à la beauté froide. Un duo d’acteur à la palette plutôt limitée mais savamment choisi par Fincher pour représenter des personnages dénoués d’émotions mais capable de sourire en façade ravageur.

Publicité
Publicité

A la vue des acteurs, les spectateurs sont déjà soumis à un premier questionnement : Ben Affleck enchaîne t-il son énième rôle sans relief ou est-il vraiment en train de jouer la personnalité de Nick Dunne ? Ca y est ! Fincher vous attrapé malgré vous. Le choix d’un Brad Pitt avec qui le réalisateur aime travailler aurait eu plus d’impact mais l’ambigüité en serait certainement amoindrit.

Si l’atmosphère est suffocante comme souvent dans les œuvres de Fincher (Panic Room étant un modèle du genre), le réalisateur confirme que sa carrière dans la réalisation de clips bourrés d’effets spéciaux est derrière lui. Fini également les plans séquences et place à un montage léché rythmé par des fondus noirs en parfaite adéquation avec l’ambiance ombrageuse du film.

Publicité

La photographie numérique au ton froid, limite glacée, est très similaire à celle de Prisoners de Denis Villeneuve et s’impose clairement comme un incontournable dans le genre. Si la bande sonore ajoute aussi sa touche angoissante au film Gone Girl, elle en demeure cependant trop omniprésente et trop électronique. Les compositeurs Trent Reznor et Atticus Ross ne devraient pas briguer leur deuxième Oscar de la meilleure musique de film après celui obtenu pour The Social Network.

Le mariage, nouvelle cible de Fincher

L’américain aime les esprits dérangés voire malsains. Alors que faire quand on a déjà traité la psychopathie dans Se7en, la schizophrénie dans Fight Club, ou l’asociabilité dans The Social Network ? La solution se trouve dans le caractère sociopathe partagé du couple Dunne. Si en apparence le couple fait fantasmer sur papier glacé, il se montre de plus en plus décomposé au fil du film grace au mélange des séquences passé présent. Fincher expose alors les rouages d’un couple en trompe l’œil cachant les jeux de manipulation, leur mépris et l’effritement de leur amour. Autre illusion, le physique sans défaut et vulnérable de Rosamund Pike à la manière d’une Audrey Hepburn ou Grace Kelly, cachant plus de vices qu’il n’y paraît.

Publicité

Afin de dérouter le spectateur, Fincher n’hésite d’ailleurs pas à donner à Amy Dunne une image d’héroïne de livres pour enfants, une sorte de Martine à l’américaine, dont ses parents seraient les auteurs. Attention donc car comme l’a écrit Victor Hugo : « La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l’apparence de la faiblesse ».

Gone Girl : Réprobation des médias

Si l’intrigue de Gone Girl repose dans un premier temps sur la disparition de l’épouse de Nick Dunne, elle expose au fil du temps et de l’enquête le déchainement médiatique autour de l’affaire. Fincher s’amuse a mettre ici en exergue le statut de la télévision devenu une sorte de confessionnal des temps moderne où chacun donne son avis et se laisse aller à des spéculations plus ou moins hasardeuses. Le film Gone Girl montre dans son cas le non respect de présomption d’innocence et du droit de réserve dont les journalistes doivent faire preuve. Le réalisateur démontre alors que les médias sont devenus une sorte de quatrième pouvoir par leur omniprésence et leur capacité à orienter la population. Les réseaux sociaux eux aussi sont blâmés par l’intermédiaire des « selfies » pris par la foule devant le bar que possède la disparue ou par une femme avec le mari « désemparé ». David Fincher continue donc son parcours sans véritable erreur mais ne signe pas la de véritable incontournable comme Se7en ou Fight Club. Le coté medley de ses précédents films reste un brin décevant et peu surprenant, même si on aime toujours autant le style du réalisateur. #critique #Cinéma