Avec les niveaux faibles de croissance en Europe, l'Afrique devient un sujet de préoccupation, non pour sa faiblesse endémique, mais parce que les nombreux rapports de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et d'organismes privés situent les taux de croissance moyens en Afrique dans une fourchette de 5 à 7%. D'autres organisations n'hésitent pas à parler de taux de croissance au-delà de 7%. Les régions dynamiques sont identifiées : l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique du Sud, le Maghreb, l'Afrique centrale malgré ses nombreuses ressources en minerais et en pétrole éprouvent énormément de difficultés à exister économiquement. L'Afrique deviendrait-elle une nouvelle frontière et des capitaux plus importants seraient-ils nécessaires pour investir et rendre encore un peu plus dynamiques les retours sur #Investissement que les anglo-saxons qualifient de ROE (return on equity, il correspond à la rentabilité de l'argent apporté par les actionnaires à la société, il quantifie le montant des bénéfices réalisés en pourcentage de l'investissement en capital, et par conséquent l'aptitude de la société à rémunérer les actionnaires) ? Le ratio « résultats nets/capitaux propres » permet de calculer le ROE.

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Assez paradoxalement, malgré des taux de croissance souvent liés à l'extraversion des économies africaines, c'est-à-dire à une implantation des capitaux étrangers dans les secteurs porteurs (pétrole, gaz, minerais, bois), l'Afrique n'arrive pas à résoudre ses problèmes de pauvreté, de système de santé et d'éducation et certains pays en Afrique subsaharienne, comme la République Centrafricaine, le Mali ou le Tchad auront beaucoup de difficultés pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement avant l'échéance de 2015.

Dans la plupart des pays africains, les crises politiques sont récurrentes. Les guerres civiles du Nigéria (1967/70), du Libéria (1989/96,) de la Sierra Leone (1991/2001) et de la Cote d'Ivoire (2002) et les conflits armés récents en Libye (2011), au Mali (2012) et en République Centrafricaine (2012/13) montrent que la conflictualité en Afrique reste présente même si elle a diminué en intensité et elle pose de façon directe la question de l'efficacité d'un plan Marshall pour l'Afrique.

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L'histoire du plan Marshall (5 juin 1947) mis en place par les Etats Unis était une réponse politique et économique pour aider l'Europe occidentale, mais surtout l'Allemagne, non simplement à se reconstruire, mais à ancrer dans la réalité spatiale des Etats la démocratie et la stabilité des Institutions. L'économie de marché et les taux de croissance en Europe dans ce que l'on a appelé le modèle des Trente glorieuses, devaient permettre à l'économie occidentale d'exister face aux démocraties dites populaires organisées par l'Union soviétique. Ce modèle du Plan Marshall de 1947 est difficilement transposable en Afrique car les conditions historiques de l'Europe d'après guerre ne sont pas celles de l'Afrique d'aujourd'hui.

Après avoir détrôné la Grande-Bretagne comme puissance politique, militaire, économique et financière, les Etats Unis ont pu avoir le bon rôle en introduisant en Europe occidentale un modèle d'organisation politique et de gestion économique et financière qui puise ses ressources dans l'économie de marché.

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Aujourd'hui, plusieurs pôles de financement existent. Les Institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et Fonds monétaire créés en 1945) continuent de jouer leur rôle de financement public. D'autres Institutions comme la nouvelle Banque de développement voulue par les Brics lors du sommet au 14 au 16 juillet 2014 au Brésil apparaissent comme concurrentes .De nombreux fonds de financement privés ont vocation à jouer un rôle important vers l'Afrique. Dans ces conditions, la mise en place d'un « plan Marshall africain » est difficile à mettre en place car chaque acteur de la scène financière internationale organise les conditions de financement pour ses propres intérêts en direction de l'Afrique.

Il n'y a plus un seul pôle de financement mais plusieurs et l'attitude du dollar et des Etats Unis sont souvent remises en question. Les Etats Unis l'ont bien compris et préfèrent à l'image de la Chine, du Japon et de l'Europe organiser des sommets de partenariat avec l'Afrique. Le futur Sommet Etats-Unis/Afrique (Washington) des 5 et 6 aout 2014 vérifie cette façon de faire. L'initiative de Obama s'inscrit dans la mise en œuvre de l'AGOA (African growth and opportunity act) initiative lancée en 2000 par Bill Clinton à la fin de son deuxième mandat. L'AGOA est une loi américaine qui permet à 38 pays africains d'exporter son droit de douane aux Etats-Unis depuis 2000 jusqu'à 2015. Le Président Obama pourrait éventuellement créer une surprise en décidant d'un vaste plan de soutien à l'Afrique sous la forme d'un Plan Marshall dont le chef de file serait les Etats-Unis, mais est-on sûr que les deux géants asiatiques, Chine et Japon, seraient d'accord pour s'aligner derrière l'initiative américaine?

L'Europe connait des difficultés en matière de croissance, de chômage (même si l'Allemagne fait figure d'exception). Pourra-t-elle suivre les Etats-Unis ? Et pourtant l'Afrique possède de nombreux atouts en matière de ressources naturelles et en matière de déficits qu'il faut combler en infrastructures. L'Afrique devient un acteur de référence et l'industrie légère en voie de constitution peut servir de relais de croissance à l'industrie occidentale grâce à la sous-traitance et aux coûts salariaux moins chers. Encore faut-il que les ressources humaines soient réellement formées. Il faudra aussi résoudre les problèmes sécuritaires à cause de la multiplication des groupes terroristes sur le continent, en Libye, au Mali, au Nigéria et en Somalie.

Un Plan Marshall taillé pour l'Afrique est possible, encore faut-il que les Africains eux-mêmes le veulent en dessinant des plans stratégiques en matière d'attractivité des investissements. Il restera donc au reste du monde, si toutes conditions évoquées sont réunies, de mettre un Plan Marshall africain non global à géométrie variable. Encore faut-il que le reste du monde estime que ce Plan Marshall est indispensable pour l'Afrique.