Vous l’avez très certainement remarqué en allant faire le plein de votre voiture à la pompe : le prix du diesel et de l’essence est très, très bas. La situation était encore anodine en juin dernier, lorsque le prix du baril de pétrole était aux alentours de 110$, mais depuis, sa valeur a drastiquement baissé de moitié pour se trouver aujourd’hui, au terme de 2014, à un peu plus de 60$. Que s’est-il donc passé pour que l’or noir se trouve subitement bradé ? Et quelles sont les conséquences, chez nous et dans le reste du monde ?

La règle de l’offre et de la demande

La raison est en réalité toute simple, même si elle peut paraître au premier abord incompréhensible pour les non-initiés. Le prix du pétrole réagi en fait à l’offre et à la demande mondiales. Tout d’abord, la demande a nettement diminué ces derniers mois. La Chine, et la baisse de sa croissance économique (7,3% actuellement, contre 10,3% en 2010), en est la principale raison, puisque le pays consomme moins de pétrole pour faire tourner ses usines. Il en va de même pour le reste du monde, et en particulier pour l’Union Européenne, dont l’activité économique tourne au ralenti depuis plusieurs mois, voire plusieurs années.

Du côté de l’offre, c’est le contraire : il y a trop de pétrole disponible sur le marché ! Le gros du problème vient des Etats-Unis, qui ont littéralement explosé leur production de gaz de schiste cette année, avec un boom de 80% de production supplémentaire. Le pays de l’Oncle Sam, qui comptait énormément sur ce gaz pour relancer son économie, n’importe donc plus que 30% de pétrole, contre 60% auparavant, ce qui dirige le surplus vers l’Europe. Mais les Etats-Unis ne sont pas les seuls à produire énormément d’or noir : la Libye, pourtant ravagée par des conflits politiques, continue toujours à exporter des quantités phénoménales de pétrole.

Qui en pâtit ?

Si Monsieur et Madame Tout-le-monde en profitent pour faire des réserves de carburant sans trop vider leur portefeuille, ce n’est pas le cas de tout le monde. Tous les pays ne sont en effet pas égaux face à la situation… #Finance

  • En zone euro : Qui dit baisse du prix du pétrole, dit baisse du prix des matières premières pour l’industrie et donc économies importantes sur la production… Mais tout n’est pas rose : la chute des prix fait également baisser le taux d’#Inflation de la zone euro, aujourd’hui à 0,3%, ce qui laisse présager une possible déflation, et les conséquences économiques (hausse des taux d’intérêts, baisse des prix de la consommation) qui en découleraient.
  • Pour l’OPEP : Pour l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, les conséquences sont désastreuses, puisque leur revenus principaux proviennent de la vente de pétrole. Pour équilibrer leur budget, ces pays avaient tablé sur le prix d’un baril à 100$... dont on est bien loin aujourd’hui. Le Vénézuela (dont le prix-équilibre est, lui, à 120$), l’Algérie, la Libye, l’Irak, l’Iran et le Nigéria sont les états les plus touchés par la crise. L’Arabie Saoudite l’est également, mais a convenu récemment avec l’OPEP de ne pas réduire la production de pétrole. D’aucuns prétendent que cette décision a été prise pour ne pas laisser la mainmise aux Américains sur le marché, dont le gaz de schiste est déjà rentable pour eux à hauteur de 50 dollars par baril, tandis que d’autres avancent que les pays dont la majorité de la population est de confession sunnite tentent d’asphyxier l’économie de leur rival chiite de toujours, l’Iran.
  • En Russie, la baisse du prix du baril de pétrole représente un manque à gagner de 72 à 80 milliards de dollars. Alors que le rouble est terriblement bas, et que les mesures prises par les Etats-Unis et l’Union Européenne contre la politique de Poutine ne semblent pas s'adoucir, la Russie s’apprête à passer une année 2015 dans le rouge.
  • La Chine est au final le pays le plus heureux de cette situation : à chaque fois que le prix du baril baisse d’un dollar, le pays fait une économie annuelle de 2,1 milliards de dollars. De quoi relancer l’industrie chinoise, et donc... la demande de pétrole ?