Aujourd'hui, en Europe, on mesure la difficulté que la Banque Centrale va avoir à stimuler l'économie. Elle prévoit de façon assez volontariste une croissance de la zone euro de 0,8 % cette année, de 1% en 2015 et de et 1,% en 2016.

On sait que la première difficulté à surmonter est d'ordre réglementaire. Même si cela a été annoncé par le président Mario Draghi s'appuyant sur le conseil des gouverneurs de la BCE, la mutation n'est pas facile. Il s'agit en effet de changer le rôle de la banque centrale. Il a été fixé par les traités en prenant comme modèle celui qui avait été dévolu en priorité à la Réserve Fédérale au début des années 1980 sous l'administration Reagan: concentrer son action sur la valeur de la monnaie, c'est-à-dire gérer pour contenir l'#Inflation.

Publicité
Publicité

Au moment de l'instauration de l'euro, la BCE s'est vue confier une mission limitée à cet aspect (qui était suivi par la Bundesbank allemande depuis le milieu des années 1970).

Elle est prise au piège aujourd'hui, car le ciblage de l'inflation ne suffit pas, et il est loin d'être assuré. Les 2 % de dérive des prix que l'institut d'émission s'est fixé comme maximum, mais aussi désormais comme objectif, sont bien loin. On voit mal comment la zone euro échappera à l'inflation négative (pour ne pas parler de déflation) dans les premiers mois de 2015.

On ne peut pas prêter à des agents économiques qui ne veulent pas s'endetter

Elargir le rôle de la BCE à celui de valorisation des actifs et de soutien à la croissance (comme aux Etats-Unis) ne demande pas seulement une évolution politique de la part de l'Allemagne.

Publicité

Il faut aussi trouver une base de confiance des agents économiques. Un exemple suffit à l'illustrer: les premiers pas de la BCE vers un assouplissement quantitatif reposent pour une large part sur le rachat aux banques de portefeuilles de créances titrisées (les fameux ABS). Les banques ont ainsi refinancé 368 millions d'euros de leurs prêts aux entreprises la semaine dernière. Ce n'est qu'un premier pas, mais il n'est pas le signe d'une forte demande et, en tout cas, pas vraiment suffisante pour que le total du bilan de la banque centrale passe de 2.000 à 3.000 milliards d'euros en deux ans. M. Draghi a reconnu jeudi que l'objectif de refinancer 400 milliards d'ABS ne serait sans doute pas atteint. De plus, dans le même temps, les banques doivent encore rembourser 287 milliards d'euros des prêts à long terme consentis en 2011 par la BCE dans son programme dit LTRO.

Plus de déficits budgétaires et rachat des emprunts d'Etat par la Banque centrale: la direction malgré les réticences allemandes

Reste, pour ramener de la confiance et enclencher une spirale positive, le dernier stade du «non conventionnel»: prêter à des emprunteurs toujours disposés à s'endetter: les Etats.

Publicité

C'est l'assouplissement quantitatif proprement dit et on ne voit pas comment la BCE peut espérer gonfler son bilan et lutter contre la déflation sans y passer dès le début 2015. On va vers des rachats de dettes d'Etats, vers un maintien et peut-être même un gonflement des déficits budgétaires. Le renversement de près de 40 ans de dogmes monétaires.

Les limites de la gestion monétaire de l'économie ont été atteintes et démontrées. Jusqu'ici, il a surtout été question de sauver le système bancaire, puis de le subventionner. L'Allemagne - qui trouvait plus que largement son compte à ce laxisme monétaire ciblé- l'a soutenu. Pourra-t-elle s'opposer à la nouvelle étape, qui, finalement, l'affaiblira relativement par rapport aux pays de la zone euro qui ont choisi le policy mix à l'américaine, appuyé sur les déficits publics? Sans doute pas, mais le bras de fer que Mme Merkel a engagé sur le plan médiatique face à la France et à l'Italie va durer, et, sans doute, ramener de la volatilité, sinon dans l'action de la BCE, du moins dans l'appréciation que les marchés financiers vont avoir dans l'évolution conjoncturelle du Vieux Continent. #Union Européenne