Où les cours de l'or noir vont-ils s'arrêter ? Le prix du baril de pétrole est passé aujourd'hui jeudi sous la barre symbolique des 60 dollars le baril. Nous parlons ici du baril de brent, le pétrole de la mer du Nord. L'autre indice, appelé WTI, est lui déjà autour de 55 dollars le baril. Et malgré les apparences, cette dégringolade n'est pas une si bonne nouvelle que cela.

Evidemment, qui dit baisse du prix du baril dit baisse des prix à la pompe. C'est vrai, même si le constat doit être nuancé. En France notamment, le prix du carburant que l'on met dans nos voitures dépend largement des taxes. Reste que l'on constate une baisse sensible depuis plusieurs semaines maintenant.

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Pour les pays importateurs, la chute des cours du pétrole est aussi plutôt une bonne nouvelle. Elle devrait permettre de rééquilibrer les balances commerciales.

En revanche, la dégringolade actuelle est dangereuse pour d'autres raisons. D'abord, des « petits » pays exportateurs, comme le Venezuela, n'ont pas tellement d'autres relais de croissance. Si l'or noir lui fait défaut, c'est toute la construction politique du pays qui risque de s'effondrer. D'ailleurs, le régime de Caracas, actuellement dirigé par Nicolas Maduro, dauphin « malgré-lui » du défunt Chavez connait des difficultés et doit affronter prochainement des élections qui s'annoncent compliquées. Bien souvent, les politiques sociales de ces pays reposaient largement sur les revenus du pétrole. Même chose en Russie où le rouble est largement attaqué, pris en étau entre les sanctions internationales et la baisse du prix du baril.

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Feu sur le pétrole de schiste américain

Une autre conséquence, industrielle celle-là, touche les majors pétrolières et les Etats-Unis. Du côté des grandes entreprises du pétrole - Total pour la France - un pétrole cher permettait d'amortir plus facilement les coûts d'exploration pour trouver de nouveaux gisements. Avec des cours en chute libre, les entreprises ont déjà annoncé des investissements en baisse. Au Etats-Unis, la problématique est politico-industrielle. Depuis quelques années, les Américains augmentent la part des énergies non conventionnelles dans leur mix énergétique. En clair, ils se servent de plus en plus du pétrole de schiste, extrait de leur propre sous-sol, au détriment de leurs importations en pétrole brut. Seul problème, l'extraction du schiste coûte cher et n'est rentable que si le baril de brut est à un prix supérieur à 60 dollars. Maintenant que ce plafond a été crevé, il reviendra plus cher de produire un baril de pétrole de schiste que d'importer un baril de pétrole brut.

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Les observateurs du marché de l'or noir estiment que l'affaiblissement de la filière schiste est précisément l'objectif recherché par les grands exportateurs de pétrole, Arabie Saoudite en tête.

Car personne n'est dupe : la chute des cours est, au moins en partie, organisée et voulue par les membres les plus puissants de l'OPEP. Les Etats qui peuvent soit se rattraper sur les volumes vendus soit qui ont d'autres relais de croissance ne veulent pas entendre parler d'une baisse de la production. Si l'offre de pétrole sur le marché était un peu moins importante, les cours remonteraient mécaniquement. La loi vaut pour tous les marchés financiers : si l'offre est supérieure à la demande, les prix baissent. A l'inverse, si l'offre est inférieure à la demande, les prix montent.

Le seul problème est que les pays membres de l'OPEP n'ont pas l'air d'avoir une grande confiance dans la demande mondiale et ne veulent pas se retrouver pris au piège. Et objectivement, ils ont raison de ne pas trop s'emballer puisque l'activité, en Chine notamment, montre quelques signes de faiblesse. Une seule chose pourrait faire bouger l'OPEP : que le prix trop bas du pétrole ne leur permette plus d'assurer le train de vie de leur Etat, le paiement de leurs fonctionnaires ou le niveau de vie de leurs populations.