Le rapport Pisani-Ferry / Enderlein bute sur la supranationlité

La proposition du rapport remis aux ministres français et allemand de l'économie est d'agir simultanément sur trois fronts: réformes structurelles, soutien de la demande, renforcement du champ d'action des institutions européennes. On en revient ainsi - malheureusement- aux thèses des trois entités qui pensent devoir diriger l'Europe: dans l'ordre des fronts, l'Allemagne, la France et les institutions européennes.

C'est bien de reconnaître que les réformes structurelles réclamées par l'Allemagne à la France et à l'Italie renforceraient le potentiel de croissance à long terme mais ne règleraient pas (au contraire) le problème conjoncturel actuel et accéléreraientt les tensions déflationnistes.

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C'est pertinent d'estimer qu'un soutien de la demande seul risquerait d'être une tentative vite avortée ou inversée. C'est voir les choses en face que de constater que les appels à plus d'Europe dans la vie économique des habitants de l'Union ne règleraient aucun des défis immédiats et des problèmes nationaux.

L'#Investissement est au centre du dispositif proposé et on s'en réjouira au vu d'une conjoncture en panne sur l'ensemble de la zone euro. Le sous-investissement allemand - public et privé - est pointé du doigt et la réponse proposée se veut commune et plus encore européenne que franco-allemande. Au-delà d'une réforme du cadre budgétaire allemand qui néglige la promotion des investissements (et finirait par «léguer une maison usée aux générations futures») , l'ambition est de stimuler l'investissement public et privé au niveau européen, par une initiative règlementaire, par l'injection de fonds publics, par une intégration transnationale pour des secteurs stratégiques (énergie, numérique, éducation et formation, santé, biotechnologie, Défense,..).

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Dans ce dispositif même, ce volet primordial du plan proposé implique des réformes assez profondes. En France , un nouveau modèle de croissance, un socle (en particulier social) plus large pour restaurer la compétitivité et un allègement du poids de l'Etat. En Allemagne, une modification des termes de la démographie et du marché du travail (immigration, temps de travail, emploi des femmes, …) et un changement de modèle «plus inclusif» pour la croissance (hausse des salaires, en particulier des plus bas, ré-orientation de l'épargne,...).

On ne peut pas bâtir à partir de la situation actuelle et de bons sentiments: les marges de manœuvre ne sont pas là

Au fond, à lire ce rapport de 52 pages (franco-allemand, mais dont seule la version anglaise fait foi!) on ne peut que se demander si on peut faire de la bonne politique économique avec de bons sentiments. La problématique est bien posée à l'échelle du continent et en particulier pour les deux pays qui sont les moteurs de l'Union.

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Chaque pays comprend bien ses faiblesses, même si celles de l'Allemagne (les plus graves à terme) sont occultées par la situation du moment, renforçant un sentiment naturel de supériorité, et que la France, empêtrée dans son chômage de masse, excelle encore et toujours dans l'auto-dénigrement. Mais si les solutions raisonnables qui sont proposées peuvent paraître trop timides à l'analyse, elles remettent trop de choses en cause pour des pays qui ne ressentent pas vraiment la réalité des problèmes.

Au piège de la stagnation, ce qui est proposé a un nom: plus de supranationalité. Les rapporteurs rappellent que, si l'Europe était un pays (même fédéral), la solution serait simple: réformes pro-croissance et soutien budgétaire.

Les bases des règles proposées et supranationales qui s'imposeront sans doute un jour sont loin d'être acceptables: en quelque sorte, on propose à des pays qui n'ont géré leurs économies que sur des critères d'égoïsme de rester sur ces positions acquises, un peu comme dans le cas d'un plan de paix au lendemain d'un cessez le feu. Les Allemands et les Français ont du mal à imaginer que c'est sur les positions acquises aujourd'hui dans la guerre de la productivité d'un coté (celui de l'Allemagne), dans le consensus social de l'autre (en France), que se bâtira cet avenir. #Union Européenne #Finance