Faut-il y voir un avertissement ? Un tir de sommation avant une prise de contrôle en bonne et due forme ? En doublant d'un seul coup sa participation dans le New York Times, le milliardaire mexicain Carlos Slim a fait naitre pas mal de questions dans l'univers des médias. Avec cette opération qui lui a coûté 101 millions de dollars, le deuxième homme le plus riche du monde se retrouve propriétaire de 16,8% du capital du vénérable journal américain. L'homme qui a fait fortune dans les télécoms est ainsi devenu le premier actionnaire individuel du New York Times. Si personne ne parle encore de prise de contrôle - la famille Sulzberger semble faire bonne garde - l'intervention de l'homme d'affaires assis sur une fortune de plus de 73 milliards de dollars a comme un air de déjà-vu.

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En effet, les relations entre businessmen et journaux se resserrent de plus en plus ces dernières années, les uns devenant propriétaires des autres. Dans un univers de la presse sinistrée, où la publicité est en chute libre depuis un bon moment et où le virage numérique n'a pas toujours été bien négocié, les hommes d'affaires sont souvent accueillis en sauveurs. Eux y trouvent aussi leur compte en termes financiers parfois mais surtout en termes d'influence. Impossible de dire si Carlos Slim se trouve dans cette configuration. Mais, une chose est sûre, d'autres avant lui ont joué ce rôle. C'est le cas par exemple de Jeff Bezos. En 2013, le patron d'Amazon a racheté, à titre personnel, une autre institution de la presse aux Etats-Unis, le Washington Post. Avec un objectif clairement affiché : le transformer en géant de la presse digitale.

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Et, au passage, créer des synergies avec l'empire Amazon. Le projet « Arc-en-ciel » - Project Rainbow- initié par Bezos à son arrivée au Washington Post passerait notamment par le développement d'un produit éditorial à destination de la tablette-maison, le Kindle.

La concentration (aussi) en marche en France

Mais les liaisons (dangereuses ?) entre riches entrepreneurs et médias ne sont pas réservées à l'Amérique. En France aussi, des associations de ce type ont vu le jour ces dernières années. Et d'autres seraient dans les tuyaux. Ainsi, Le groupe Le Monde a été racheté par le banquier Pigasse associé notamment à Xavier Niel, le patron de Free. Un autre conglomérat est en cours de construction sous la houlette d'un autre businessman, Patrick Drahi. Présent initialement dans les télécoms avec son holding Altice, il vient de racheter en quelques mois SFR mais aussi Libération et L'Express. L'homme d'affaires est également le principal financier de la chaine d'information israélienne i24News.

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Drahi a annoncé cette semaine la mise en place d'un groupe de presse multimédia (quotidien, hebdomadaire, web et télévision). La mise en rapport de ces deux mouvements initiés par Niel et Drahi est d'autant plus surprenante qu'ils sont concurrents sur leur terrain de jeu initial : les télécoms. Chacun est maintenant doté de ses propres médias pour asseoir son influence. Et - espérons qu'il n'en sera rien - défendre les marques maison...

Dans l'Hexagone, un autre agitateur a rejoint le monde des médias sur le tard. Vincent Bolloré est d'abord un entrepreneur de l'énergie (voiture électrique...), de la logistique et de la publicité (Havas). Depuis quelques mois, il est le président du conseil de surveillance de Vivendi. Ce conglomérat est en pleine restructuration et, sous la houlette du Breton, veut resserrer son emprise sur les médias. Autrefois présent dans les télécoms, notamment avec SFR, Vivendi concentre ses actifs dans le divertissement (Universal Music) et la télévision (Canal+ qui gère aussi D8, D17 et i-Télé). Hors Vivendi, Bolloré a aussi lancé il y a quelques années deux journaux gratuits : Direct Matin et Direct Soir. Et d'après de récentes rumeurs, les grandes manœuvres ne font que commencer. Prétendant au rachat de L'Express, Bolloré a rapidement laissé le champ libre à Patrick Drahi. Il se pourrait que le Breton s'attaque à une proie plus imposante, à savoir le groupe Amaury. Propriétaire de L'Equipe et du Parisien notamment, Amaury serait en discussion avec Vivendi. D'autres rapprochements pourraient avoir lieu dans le monde des gratuits, cette fois avec Bouygues. Le groupe de BTP propriétaire de TF1 possède MetroNews. Déficitaire chronique, le quotidien pourrait bénéficier d'une mise en commun de certaines fonctions avec les gratuits Direct. Affaire à suivre. #Finance #Journalisme