La tempête boursière de ce début d'année est venue un peu de là où on ne l'attendait pas: du pôle de stabilité qu'est la Suisse. C'est par un simple communiqué que la Banque Nationale Suisse a annoncé qu'elle renonçait à tenir la parité du franc avec l'euro, fixée depuis 2011 à 1,20 franc suisse pour un euro. La réaction des investisseurs a été très vive: 17 % de hausse de la monnaie par rapport à l'euro, 15 % de baisse de l'indice SMI des actions suisses. Dans un environnement économique et financiers aux tendances très affirmées, le franc suisse rappelle que les déséquilibres créent du risque et de la volatilité sur les marchés financiers.

Comment la Confédération en est elle arrivée là?

La décision d'instaurer un cours plancher pour le franc suisse contre euro a été prise par la banque suisse fin 2011 au plus fort de la crise de la monnaie unique européenne.

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L'erreur des financiers a été de prendre cette mesure d'urgence pour un engagement de long terme, le passage à un nouveau système monétaire sur le vieux continent. La Suisse a payé assez cher le prix de sa crédibilité et s'est pour une part transformée en banquier de la zone euro. Un seul chiffre donne une idée de sa politique monétaire: le bilan de la Banque Nationale Suisse dépasse 90 % du produit intérieur brut de la Confédération. Ce ratio représente plus du triple de celui de la BCE ou de la Réserve Fédérale américaine, près du double de celui de la Banque du Japon. Et le passif finançant de l'or et des économies extérieures, cela ne fragilise pas la devise, au contraire.

La décision de jeudi ne peut être qualifiée de revirement. Ce qui a pris les investisseurs à revers (et explique l'ampleur de l'ajustement), c'est que l'arrêt de la gestion artificielle des choses n'est pas le résultat d'un retour à la normale pour l'euro, mais la réaction à une nouvelle crise.

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Cette crise, c'est celle de la croissance européenne et l'accélération de la politique d'injections monétaires de la BCE qui en découle. Le retour au changes flottants pour le franc suisse est intervenu huit jours avant la réunion de la BCE qui doit mettre en place un programme de rachat d'obligations d'Etat.

Une accélération des tendances pour le dollar et l'euro

Les effets les plus directs de cette envolée du franc sont la pénalisation pour les exportateurs suisses (qui explique la chute de l'indice SMI) , les taux d'intérêt négatifs sur les obligations en monnaie suisse (-0,1% pour l'emprunt d'Etat à 10 ans), et un nouvel affaiblissement de l'euro. Il perd une monnaie forte intégrée de fait dans son panier. De plus, les réticences allemandes à une accélération des mesures «non conventionnelles» de soutien à l'activité perdent bien du poids face à l'envol du franc suisse: un retour au mark aurait des effets plus forts encore sans doute et mettrait l'économie allemande à genoux.

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Une conséquence plus difficile à anticiper est purement financière: la hausse du franc suisse enregistrée par ce retour à la normale porte la monnaie helvétique très sensiblement au-delà de sa valeur fondamentale. Les investisseurs vont chercher (et trouver) de nouvelles valeurs refuge, en premier lieu l'or (en hausse de 5 % cette semaine) et le #Dollar.





#Union Européenne #Finance