Gad Elmaleh, le roi du Maroc Mohammed VI, Christophe Dugarry, Phil Collins, Jacques Dessange, Fernando Alonso, Diego Forlan, Elle MacPherson… Tous ces noms célèbres ne cessent de circuler depuis les révélations de l'opération sur l'évasion fiscale « SwissLeaks », ce lundi. Au centre de ce tourbillon, on retrouve la filiale suisse de HSBC accusée d'avoir aidé des milliers de clients à organiser une immense fraude fiscale entre novembre 2006 et mars 2007. La note est salée. Elle s'élève à plus de 180 milliards d'euros, ce qui représente plus du double du budget consacré à léducation nationale.

La France, 5e du classement « SwissLeaks »

Parmi les 100 000 personnes concernées, la France n'est pas épargnée.

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Plus de 6 000 personnes figurent dans le fichier fiscal de cette filiale. Ce qui nous place à la cinquième place du classement par pays établi par « SwissLeaks » avec 13 490 comptes bancaires pour un total de 12,5 milliards de dollars, dont 5,8 milliards via des sociétés offshore. Avec 31,2 milliards de dollars, la Suisse est, sans surprise, la plus active devant le Royaume-Uni (21,7 milliards) et le Vénézuela (14,8 milliards). En nombre de clients, la France est 2ème (9187).

HSBC se justifie

Face aux accusations et au déferlement de critiques, HSBC a reconnu « la responsabilité des défaillances passées en matière de respect des règles et de procédures de contrôle. » Pour rappel, le quotidien « Le Monde » a décidé, début 2014, d'étudier les listings remis par un ancien employé de la banque, Hervé Falciani.

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De nombreux articles sont alors sortis avant qu'un informateur ne délivre un autre fichier, beaucoup plus important. Des informations sur plus de 100 000 clients de la filière suisse de HSBC y étaient présentes. Le quotidien français ne pouvait évidemment pas tout traiter et a demandé au Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) de partager les données. C'est ainsi que plus de 150 journalistes issus de 55 médias dans le monde ont travaillé dans le secret sur ce dossier monstre.

Il aura tout de même fallu attendre huit ans avant que l'affaire n'éclate. Pour Fabrice Lhomme, l'un des journalistes du « Monde » à l'origine de l'investigation, la raison est simple. « Le secret fiscal est ce qu'il y a de mieux gardé en France, estime-t-il. Plus que le secret Défense. Il a fallu beaucoup de temps pour traiter ces infos brutes, recouper et vérifier. Tous les journalistes ont fait un travail formidable. »

En Suisse, « c'était extrêmement tendu »

Parmi eux, Mehdi Atmani, l'un des trois journalistes du quotidien suisse « Le Temps » à avoir travaillé sur l'affaire.

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Avec ses collègues Sylvain Besson et Jean Abbiateci, ils ont évolué main dans la main avec leurs concurrents. « Les sensibilités étaient différentes, explique-t-il. C'était intéressant d'avoir un regard extérieur de médias étrangers. Par exemple, un jour, nous pourrions repérer certains noms et exploiter un filon. Puis c'est l'équipe vénézuélienne qui aurait la fin. »

En Suisse, plus qu'ailleurs, les médias se sont unis pour cette affaire, que ce soit « Le Temps », « L'Hebdo » voire « Le Matin Dimanche ». Et pour cause, ce sont eux qui étaient les plus exposés. « On était davantage sous la pression que le « Guardian » ou « Le Monde », explique Mehdi Atmani. La banque était à quelques mètres. » À tel point que la semaine passée, l'établissement aurait été mis au courant d'une enquête journalistique à son encontre. « Il y a eu de grosses pressions à partir de ce moment-là, conte le journaliste d'investigation. S'est alors engagé un ping-pong avec les avocats. Il fallait absolument qu'on garde le secret. C'était extrêmement tendu. »

Finalement, le travail de collaboration aura porté ses fruits. Et pour Mehdi, ce n'est qu'un début. « Ça va se multiplier, estime-t-il. Depuis Wikileaks en 2010, il est devenu indispensable de se mettre à plusieurs sur certaines affaires. Et c'est gratifiant de dépasser les barrières de la langue et la concurrence. »

Depuis 2006, les choses ont tout de même évolué dans la lutte contre l'évasion fiscale. Plusieurs personnalités ont déjà régularisé leur situation vis-à-vis du fisc. La Suisse a d'ores et déjà prévu d'instaurer l'échange automatique d'informations dès 2018 ce qui mettrait fin au secret bancaire. Reste à savoir si ces affaires sont réellement de l'histoire ancienne. #Finance #Swiss leaks