Les mauvaises nouvelles se succèdent pour le tourisme en Tunisie depuis l'attaque du musée du Bardo le 18 mars 2015. Les voyageurs désertaient le pays depuis la fin de la Révolution du Jasmin en 2011. Mais après 3 années de galère, la destination enregistrait un frémissement de sa fréquentation touristique et nourrissait de grands espoirs de reprise pour l'été 2015. Malheureusement, les terroristes l'ont coupé dans son élan.

Le syndicat national des agences de voyages (SNAV) a ainsi annoncé début avril 2015 une baisse de 60 % du nombre de réservations de séjours en #Tunisie sur le marché français. Malgré un élan de solidarité qui s'est mis en place spontanément après le drame du Bardo et relativement peu d'annulations de voyages déjà prévus dans le pays, les Français semblent, en majorité, réticents à venir passer leurs vacances en Tunisie cet été.

Et ce week-end, le ministère tunisien du Tourisme a dévoilé ses statistiques pour le premier trimestre 2015. Elles font état d'une diminution de 10, 7 % du nombre de nuitées, de 14,2 % des arrivées touristiques et des 6,8 % des recettes liées au tourisme par rapport au premier trimestre 2014.

Par ailleurs, plusieurs compagnies de croisières (MSC, Costa et Croisières de France) très présentes en France d'annuler toutes leurs escales prévues à Tunis d'ici fin 2015.


Opération séduction...

Le président de la République tunisien, Beji Caid el Sebsi, a effectué une visite d'État en France la semaine dernière. Il y a notamment rencontré son homologue français, François Hollande, et le Premier ministre Manuel Valls. L'occasion pour le chef de l'État et celui du gouvernement de rappeler leur engagement dans la lutte contre le terrorisme et leur soutien à la Tunisie dans ce combat.

Selma Elloumi Rekik, ministre du Tourisme tunisienne, était présente dans la délégation venue à Paris. Elle en a profité pour s'entretenir avec les représentants français des professionnels du tourisme, notamment le Président du Syndicat des entreprises du tour-opérating (SETO), René-Marc Chikli, et celui du SNAV, Jean-Pierre Mas. L'occasion pour elle de rappeler que la baisse des réservations françaises sur la Tunisie avait déjà débuté avant le 18 mars 2015, dès l'attentat contre Charlie Hebdo.

Mais son principal message portait sur la sécurité. Elle a annoncé un renforcement des mesures pour protéger les zones touristiques dans le pays. Une commission interministérielle en charge de ce dossier a été créée en Tunisie et il a été demandé aux hôteliers de mettre en place des portiques de sécurité avec des détecteurs de métaux à l'entrée de leurs établissements.

Les hôteliers prennent leur destin en main

Les promesses de sécurité ne suffiront évidemment pas à relancer le tourisme en Tunisie. C'est pourquoi, malgré le choc des premiers jours après l'attaque du musée du Bardo, un groupe d'hôteliers a rapidement choisi de se prendre en main. Ils sont une quinzaine situés à Tunis, Hammamet, Monastir et Djerba à se regrouper pour lancer des centres d'appels et des sites Web pour vendre leurs chambres directement auprès des clients français.

Ils espèrent ainsi non seulement faire revenir les Français dans leurs hôtels mais aussi, et surtout, accroître leurs revenus en réduisant les intermédiaires. En effet, depuis de nombreuses années, la plupart travaille avec de grands tour-opérateurs qui réservent une grande partie ou la totalité de leurs chambres pendant la haute-saison. Les voyagistes y logent leurs touristes dans le cadre des séjours packagés qu'ils vendent. Mais depuis le printemps arabe, certains tour-opérateurs ont tendance à profiter de leur position dominante pour négocier des tarifs toujours plus bas auprès des hôteliers tunisiens. Par conséquent, les marges de ces derniers reculent et les services qu'ils offrent aux client perdent en qualité. Un cercle vicieux que les établissements espèrent rompre à moyen-terme avec leurs centres d'appels et leurs sites Internet.

Ils auront besoin pour cela d'une offre aérienne suffisamment étoffée pour convoyer leurs clients. Car, à l'heure actuelle, le ciel tunisien n'est pas ouvert et il est impossible pour les compagnies à bas-coûts d'y lancer de nouvelles lignes régulières. Et, sans transport, difficile de convaincre les voyageurs de bien vouloir venir sans profiter des conditions commerciales avantageuses des tour-opérateurs.

Quand on sait que le tourisme représente 7 % du produit intérieur brut (PIB) de la Tunisie et que plus de 480 000 emplois, soit près de 12 % de la population active tunisienne, dépend directement ou indirectement du secteur, on comprend l'urgence à faire revenir les touristes dans le pays !