Le 6 juin dernier, le prix mondial de l'entrepreneur a été décerné à l'homme d'affaires Mohed Altrad par le cabinet Ernst § Young. Ce Montpelliérain d'adoption, est à la tête du groupe industriel Altrad, l'un des premiers fleurons européens des échafaudages et services aux industries des BTP. Il est devenu le Président du club de rugby de Montpellier après son rachat par le groupe en mai 2011.

Né dans le désert Syrien et arrivé en France pour étudier

Pourtant, rien ne semblait prédestiner ce fils d'un chef d'une tribu bédouine de Syrie à devenir l'entrepreneur dynamique qu'il est aujourd'hui. Ses bons résultats obtenus au baccalauréat lui permettent de décrocher une bourse afin d'étudier la pétrochimie à Montpellier.

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Il obtiendra par la suite un doctorat en informatique à Paris.

C'est en 1984 qu'il rachète sa première entreprise d'échafaudages en faillite sur le site de Florensac dans l'Hérault. S'en suivront bien d'autres au cours de la trentaine d'années suivante, jusqu'à ce mois de mars dernier, où le groupe se permet le rachat de l'un de leurs rivaux. Pour la bagatelle de 232 millions d'euros le groupe néerlandais et ses 70 filiales à travers le monde deviennent l'acquisition la plus audacieuse du PDG d'Altrad. Grâce au rachat d'Hertel, l'entreprise vise désormais le double de son chiffre d'affaires actuel avec 17 000 salariés de plus et une ambition plus axée sur l'international.

Une success story à la Française

L'an passé, Altrad a réalisé 870 millions de chiffre d'affaire, et pour la première fois, Mohed Altrad entre dans le club très convoité des milliardaires en dollars du classement Forbes.

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Une véritable success story à la Française pour cet immigré syrien arrivé en France dans les années 70 sans un sou, comme il aime à le rappeler.

Et c'est à son pays d'adoption que le meilleur entrepreneur 2015 dédie son prix: « ce n'est pas Mohed Altrad qui a gagné, mais la France, ce merveilleux pays que je respecte tant. » Et si cette récompense est autant mise en avant aujourd'hui, c'est qu'elle est la première reçue par un entrepreneur français.

Le revers de la médaille

Là où le bât blesse, c'est dans le management des salariés français. Mohed Altrad a racheté à tour de bras plusieurs entreprises en France qui se retrouvaient en liquidation judiciaire. Et dans la plupart de ces filiales, on ne compte pas plus d'une cinquantaine de salariés, ce qui ne permet pas la mise en place de comités d'entreprise.

Aujourd'hui, le siège du groupe à la dynamique internationale, se situe toujours à Florensac, l'une des premières entreprises à avoir été rachetée par Altrad. Et si son PDG a toujours assuré ne pas vouloir délocaliser ce siège, l'entreprise qui comptait plus de 300 salariés en 2000, en maintient à peine une centaine aujourd'hui.

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Depuis mars, certains salariés se retrouvent en chômage partiel, une journée par semaine.

Une production qui se délocalise

Depuis l'acquisition par le groupe de filiales tunisienne et polonaise, la production française est en net déclin. On découpe dans la masse salariale de la métropole. Pas ou peu de licenciements à déplorer pourtant, les salariés étant "fortement" encouragés à partir d'eux même, chèque à l'appui. On voit certains d'entre eux, et en priorité les salariés avec plus d'expérience car coûtant plus cher au groupe, partir les uns après les autres.

La pression à laquelle ils sont soumis d'un côté, et les éloges rendus à leur PDG de l'autre, les rendent quelque peu amers. Fiers du grand groupe auquel ils appartiennent désormais, ce dernier investissement et les 17 000 salariés à travers le monde qui viennent ainsi se rajouter, ne les rassurent pas sur leur avenir. Avec les prochains "départs" prévus depuis quelques mois déjà dans plusieurs filiales françaises, ils savent ne plus représenter lourd dans la balance de cette entreprise.

Mais Mohed Altrad ne communique pas sur ce sujet, plus cité dans les médias pour ses conflits permanents avec l'entraîneur du club de rugby Montpelliérain, Fabien Galthié. Club où rappelons-le, il avait fait licencier un tiers des effectifs après être devenu son premier actionnaire en 2011.  #Emploi #Paris économie #Montpellier économie