Les économistes le savent, mais peu en font état parce que l’actuelle discipline économicienne ne permet pas de l’expliquer : alors que sous l’aiguillon de la "compétitivité", la course aux gains de productivité n’a pas cessé, la productivité du travail est en diminution, depuis les années 1990, dans les pays les plus industrialisés. Cette tendance est ici mise en évidence pour les USA, la France, le Royaume Uni, le Japon, l'Allemagne et l'Eurozone (cliquer sur l'image pour accéder à la galerie des graphiques). Les valeurs ont été téléchargées de la base de données de la Federal reserve de St Louis, USA.

 

C'est cette chute que les gestionnaires ressentent comme une aggravation du coût du travail.

Publicité
Publicité

En fait, il s'agit d'un coût en travail : les emplois supprimés en aval de la chaîne économique se retrouvent en amont sous une autre forme. La productivité ne supprime pas le travail, elle le déplace et le modifie, ainsi que l'avait compris l'ingénieur américain Frederik W. Taylor. Mais elle peut être neutralisée, voire surmontée, par la réaction négative de la dette écologique et de la pollution.

 

Mesure de la productivité

 

La mesure la plus fiable de la productivité moyenne d’un territoire économique est la vitesse de circulation de la monnaie dans la sphère de la production et de la consommation. Pouvoir d'achat avancé aux ménages par l’appareil productif, via les rémunérations multiformes du travail et du capital, les signes monétaires reviennent d’autant plus vite à leur point de départ, que la production-consommation des biens commercialisés est accélérée.

Publicité

 

La vitesse moyenne de la masse monétaire est obtenue par le rapport du flux au stock, en l’occurrence de la Demande intérieure à la masse monétaire. La Demande intérieure est déduite du Produit intérieur par la soustraction de la balance commerciale. Le Produit intérieur est généralement représenté par le PIB ("Produit Intérieur Brut"). Nous en utilisons ici une version corrigée d’une redondance : le PIB compte deux fois les dépenses d'entreprises amortissables sur plus d'un exercice. La masse monétaire est l’agrégat publié sous le code M2. Elle comprend les pièces et billets aux mains des agents économiques, ainsi que les comptes bancaires courants et d’épargne à l’exception des comptes titres.

  

Productivité et dette écologique

 

L’actuelle discipline économicienne est incapable d’expliquer la déproductivité, parce qu’elle n’a toujours pas intégré, dans son axiomatique et ses équations, la dette écologique. Cette dernière résulte du retard pris par le rythme de renouvellement des ressources naturelles par rapport à celui de leur consommation.

Publicité

L’ONG Global Footprint en fait remonter l’origine au milieu des années 1970. C’est cette réaction écologique qui, au bilan global, neutralise les efforts de productivité des entreprises.

 

Il s’est écoulé environ vingt ans, entre la datation de Global Footprint et le déclin de la productivité montré par les graphiques. Cet écart peut s’expliquer par le processus de "mondialisation" qui se situe précisément sur cette période. En effet, la "mondialisation" est l’aboutissement de l’expansion du système économique et financier intégré dans lequel nous vivons. Or, l’expansion vers de nouvelles ressources était une manière de renouvellement.

 

Mais à l’ère de la "mondialisation" achevée, le résultat statistique exposé ci-dessus remet en question le bienfondé de la course aux gains de productivité, laquelle ressemble fort à un travail de Sisyphe, ainsi que de la compétitivité qui la motive. Il y aura bientôt un siècle, Alfred Marshall découvrait les "rendements décroissants" opposés par la nature aux "rendements croissants" de l’activité humaine, mais sans tirer la résultante de ces deux tendances contradictoires. Nous la voyons maintenant à l'oeuvre. Le spectre d’une révision déchirante des critères de gestion économique les plus chevillés aux consciences se dresse aujourd’hui devant nous.

  #Ecologie #Climat #Réflexion métaphysique