C’est encore le Süddeustche Zeitung qui s’est vu communiquer des renseignements sur les sociétés enregistrées aux Bahamas de 1959 à 2016. En France, Le Monde, membre de l’ICIJ (consortium de journalistes), relaye les informations obtenues sur ce paradis fiscal. Et ils mentionnent l’existence de la Mint Holdings Ltd, dont l’une des actionnaires n’est autre que Neelie Kroes, ancienne commissaire européenne à la Concurrence de 2004 à 2009.  Elle avait été désignée directrice de cette société en 2000.

Le pétrolier américain Enron au cœur du montage

Mint Holdings, dirigée – sur le papier des statuts – par Neelie Kroes, une Néerlandaise qui fut ministre des Transports de son pays avant d’être nommée commissaire à la Concurrence, puis à d’autres postes bruxellois sous les présidences de José Manuel Barroso, fut fondée aux Bahamas en juillet 2000.

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Il s’agissait de financer le rachat de plus de six milliards d’USD d’actifs du pétrolier américain Enron. Les Émirats arabes unis étaient les principaux investisseurs, avec leur ancien président pour chef de file. À présent, Neelie Kroes soutient que la société n’avait pas eu d’activités. Et que, surtout, elle n’a tiré aucun avantage de sa désignation en tant que dirigeante. Du fait que cette coquille vide n’ait pas fonctionné, elle aurait tout simplement oublié d’en déclarer l’existence à la Commission. En fait, ses fonctions auraient pris fin en 2002. Mais elle figure en tant qu’administratrice jusqu’en 2009. Or, la commissaire planchait sur la libéralisation des marchés de l’énergie. Le Monde assure que Mint Holdings avait été réactivée en 2005, alors que Neelie Kroes assurait encore ses fonctions à Bruxelles.

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Elle n’a changé d’affectation (pour devenir commissaire à la Société numérique) qu’en 2009, année qui voit la fin de son mandat dans Mint Holdings.

Barroso chez Goldman Sachs

Le Portugais José Manuel Barroso, en poste jusqu’en 2014 à Bruxelles, a rejoint Goldman Sachs. Neelie Kroes siège aux conseils d’administration de la Bank of America Merrrill Lychn et d’Uber. Ce type de pantouflage, qui assure des postes rémunérateurs à des officiels ayant constitué un très épais carnet d’adresses et de contacts, laisse planer le doute sur les décisions prises par ces responsables lorsqu’ils étaient en fonction. Dans les documents des Bahamas Leaks figurent aussi les noms du ministre des Finances canadien Bill Morneau, de l’ancien émir du Quatar, de l’ex-Premier ministre de Mongolie, ou d’un ancien ministre des Mines colombien, ainsi que celui de l’actuel vice-président de l’Angola. Pour les Bahamas, qui avaient donné des gages à la communauté internationale en matière de surveillance de l’évasion fiscale, le coup est dur.

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Le secteur financier représente le cinquième du PIB du pays. Les Bahamas Leaks rassemblent 1,3 million de fichiers (38 Go). En Belgique, Le Soir, membre du consortium, comme De Tijd et Knack, promet de développer des sujets belges. Le Guardian s’intéresse au rôle d’une ex-ministre de l’Intérieur, Amber Rudd. Radio Canada mentionne les banques, la RBC, CIBC et Scotia. Le Süeddeutche Zeitung fait état de la Fédération internationale de tennis et de près de cent entreprises ou citoyens allemands. L’Expresso (Portugal) recense 50 cas, dont celui de l’entreprise Libertagia Mondial, tandis que L’Espresso (Italie) en compte 417, dont celui de Marco Antonio Pinochet, fils de l’ancien dictateur chilien. L’Aftenposten (Norvège) mentionne le père de David Cameron, déjà signalé par les Panama Papers. Et 24 heures (Suisse) s’attarde sur UBS et le Crédit Suisse, mais aussi sur la filiale du Crédit agricole. Si Le Monde ne donne pas d’indications sur les banques françaises, cela ne saurait trop tarder (à moins que des contraintes publicitaires…). El Universal (Mexique) met en cause des politiques et des entrepreneurs. Bref, l’Asahi Shimbun (Japon), et tant d’autres titres de par le monde, sur tous les continents peuplés, vont développer ces #Bahamas Papers…Jérôme Cahuzac était un petit joueur. #Presse #évasion fiscale