C’est #alstom. C’était Alsthom. En 1979, la charge de travail est en hausse à #Belfort, avec le nucléaire, et les rames TGV. Mais les effectifs ont chuté de plus de 600 ingénieurs, techniciens et ouvriers. Le nouveau directeur, Bernard Dufour, se met maîtrise et cadres à dos. Le 28 septembre doit marquer les cérémonies du centenaire, mais la base découvre les cadeaux – dérisoires – que la direction lui réserve. J’ai toujours le décapsuleur grossier, usiné maison, que m’avait offert un gréviste. Le 26 septembre, la #Grève est décidée, d'énorme ampleur, et on l’évoquera sans doute en 2079 !.

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Après les Lip, les Alsthom

Onc ne vit cela, en Franche-Comté, voire ailleurs, depuis le mouvement des horlogers de Lip, à Besançon (avril 1973-septembre 1977). Contrairement aux Lip, les Alsthom ne songent guère à l’autogestion, à la reprise en autonomie de la production. La capitalisation reste solide, les productions sont beaucoup plus sensibles. Mais il existe des similitudes. Pierre Bey, secrétaire de la CGC (cadres), appuie l’occupation de l’usine. L’intersyndicale fonctionne assez bien. Certes, il y a des tensions. Le PC veut monopoliser l’action, tirer la couverture vers L'Humanité. En conseil municipal, il accuse le chargé de communication et journaliste municipal de faire des grévistes des figurants pour la presse bourgeoise. Il est vrai que j’alimentais tant l’AFP que l’Agence centrale de presse et passait mes nuits avec des envoyés spéciaux découvrant la ville et l’usine. Genre un grand reporter de France Soir, débarqué au Bourget d’Afrique, sautant dans un avion pour Fontaines (l’aéroport de Belfort).

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Il y aura une journée rideaux baissés : aucun commerce ne s’est abstenu (hormis quelques bars). Et puis, une nuit, aux petites heures, une motrice TGV explose. Bez-Bez (Jean-Mi Bezzina), de RTL, bidonne total depuis la préfecture (« au loin, rasant les murs, corps plié, tête courbée, une vieille dame, seule, chemineBelfort s’est réveilléeavec la peur !). Rigolade générale, tapes dans le dos. Nerveux, nous passions nos nuits dans des voitures, ou dans les couloirs de la préfecture, à attendre le non-résultat de négociations. Plus tard, j’apprends l’identité des membres du petit commando improvisé. Il y a prescription, mais cela reste entre nous (des connaissances, de jeunes parents d’amis). Sortir l’affaire dans Le Pays de Franche-Comté (absorbé par L’Est républicain depuis) m’aurait valu injures, menaces, mutation précipitée. Cette grève a marqué les esprits. La mobilisation fut intense : conseil municipal avec Émile Géhant et Jean-Pierre Chevènement dans l’usine, subventions, dons multiples de particuliers de toutes opinions.

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Raymond Forni et le conseil général ne sont pas en reste.

Ville résignée ?

Il reste la Peuge (PSA-Sochaux), mais naguère, c'était Bull et l’Alsthom à Belfort. Bull (ordinateurs, circuits, &c.) migre à Angers, Alsthom finit par s’étioler. L’ex-Société alsacienne de constructions mécaniques, tout comme Japy (machines à écrire), et d’autres, a dégraissé, dégraisse encore. La ville a certes su faire la preuve depuis qu’elle a de la ressource, mais le retour en Alsace de l’activité transports ferroviaires (la SACM migre à Belfort en 1879, s’allie à Thomson-Houston en 1928) n’est pas qu’un manque à gagner (taxe professionnelle, consommation des ménages). Mais un symbole. La donne a changé. Sarkozy, ministre de l’Économie, en 2004, se sent obligé de donner une salutaire bouffée d’air aux activités hors branche transport (qui, avec les TGV orange, puis autres, se porte bien). Alstom Transport, c’était 2 000 salariés dans les années 1980, moins de 500 à présent et demain, peut-être dix fois moins. Macron s’est refusé « à faire des promesses intenables », soutient-il à présent. Le prochain Comité central d’entreprise, le 27, sera marqué par une grève de l’intersyndicale. Demain, jeudi, la ville se mobilisera. On se sait ce que cela pourra donner. Belfort, résignée ? Comtois, rends-toi, nenni, ma foi ! Encore d'actualité ?