Le ministère de l’Économie et des Finances voudrait faire passer un mode de rémunération de l’épargne moindre pour le #Livret A et en désindexer le taux dépendant de l’évolution de taux européens (Euribor, Eonia). La nouvelle formule ne devrait plus garantir une rémunération légèrement supérieure à l’inflation (inflation+0,25%). C’est le cas actuellement puisque l’inflation, calculée toujours de manière peu conforme aux dépenses réelles des Françaises et Français modestes, serait de 0,4 % de sept. 2015 à septembre dernier. Alors qu’un placement en Livret A rapporte 0,75% net d’impôt. Soit de fait 0,35% de mieux que l’évolution des prix à la consommation. La manipulation consisterait à élargir la base de calcul de l’inflation. Certes pas en y incluant le coût du tabac ou de produits frappés par de nouvelles taxes. Le taux officiel d’inflation est très facile à manipuler. J’achète mes ordinateurs, depuis 1980, sensiblement moins cher… jusqu’en 1990 environ. Depuis cette période, je leur consacre à peu près la même somme. Oui, mais ils sont plus puissants, donc censés me coûter moins cher. Mais allez donc trouver à présent sur le marché un véhicule aux performances à peu près égales à celle d’une 4cv Renault ou d’une VW Coccinelle des années 1950. Et le ''prix populaire'' de la presse est désormais un vieux souvenir (feu France Soir s’était relancé à 50 cts, mais cela n’avait pas duré). Or, au niveau européen, il est de plus en plus suggéré que relancer (un peu, pas trop) l’inflation ne serait pas une mauvaise chose pour l’économie… globalement – pour l’emploi et la rémunération du travail, ce n’est pas sûr.

Harmonisation européenne

Il est vrai que, par rapport aux taux négatifs que les banques britanniques veulent faire supporter aux épargnants, ou en regard du taux moyen brut pour ce type de placement pratiqué en Europe, d’environ 0,30%, le taux actuel du Livret A est nettement supérieur. Mais c’est le placement préféré des petits retraités (dont les retraites ne s’alignent plus sur l’inflation) et des ménages à faibles revenus qui servent de ce livret comme d’un compte courant. Il y a de plus en plus de livrets A dont le solde oscille autour de 150 euros seulement. C’est presque la moitié de ces comptes. Les parents ouvrent aussi des comptes pour leurs enfants, y piochent au besoin, tout comme les étudiants, les chômeurs et les inactifs (retraités et autres). Ce que semble vouloir l’actuel gouvernement, c’est en fait un taux très voisin du taux moyen européen pour ce genre de placement… L’argent va à l’argent, et les mieux nantis trouveront (beaucoup) mieux. En revanche, le logement social a moins recours à cette ressource car plus il emprunte fort, moins les taux sont élevés. Or, la Caisse des dépôts qui centralise les ressources tirées du Livret A ne peut prêter à perte. On peut comprendre les préoccupations du gouvernement et de la #Banque de France (dont le gouverneur devra faire passer la pilule avec moult graphiques diffusés dans la presse et par les médias). Il n’empêche, pénaliser encore davantage l’épargne populaire à l’approche des élections présidentielles est un pari fort risqué. Pour les classes moyennes encore un peu attachées au Livret A, mais sachant réagir, la perspective d’une fuite de capitaux n’est pas non plus à exclure. Resteraient piégés les moins démunis d’entre les plus démunis. De quoi les jeter dans les bras du Front national. Mediapart avait déjà, un peu avant Les Échos, dénoncé les ‘’Manigances secrètes pour dynamiter le Livret 4’’. C’est devenu plus que probable. Et il serait étonnant que la mesure coïncide avec les appels de l'impôt sur le revenu... Il faudra bien du talent à Michel Sapin, l'un des ministres restés les plus proches de François Hollande, pour réussir à faire gober la potion amère. #épargne