À l'orée même de l'idée d'une probable existence du gaz de schiste dans le sous-sol algérien, le débat fut déclenché par la société civile. Aspirant à rompre avec l'achoppement d'une économie rentière handicapante à la création, voire détournée par les castes dominantes, des discours ont exprimé l'intéressement citoyen à cette « nouvelle énergie ».

Il était question de prendre les devants de la scène, pour un sujet d'actualité par des activistes principalement engagés, comme nombreux dans le monde, dans des préoccupations écologiques. Alors que les zones géographiques où ce condensé gazeux, aux techniques d'extraction sont peu mystérieuses, pouvait être exploité, l'opinion réticente s'était établie.

Unanimement nombreux éclaireurs, experts et cadres ayant exercé dans le secteur des énergies dont l'#Algérie s'est faite sa principale ressource, ont exprimé leur réticence pour la nouvelle aventure gazière. Dès 2012, par exemple Mr Attar Abdelmadjid, ancien PDG de Sonatrach et ancien ministre de l'hydraulique, a jugé opportune cette richesse. Mais insistait-il qu'elle devait être exploitée dans une longue échéance, au-delà de 20ans, une fois l'avenir du gaz conventionnel, dont le pays dispose actuellement sans trop d'efforts et d'investissements, sera déterminé.

En juin 2014, son confrère, aussi ancien dirigeant de Sonatarch et auteur d'une « Histoire secrète du pétrole algérie » (édition : La découverte), Hocine Malti, a donné le ton du désaveu. Déjà auteur d'une fracassante lettre adressée aux responsables du puissant directeur des services secrets (DRS), au moment du scandale qui a touché en 2013 la puissante compagnie pétrolière algérienne, il relève que la technique actuelle d'exploitation est loin d'être sans risques, y compris aux Etats-Unis.

Mais le renoncement au gaz de schiste a gagné de larges franges du tissu social algérien. Nombreux autres responsables ou acteurs de la communication sociale, ont émis leurs objections, alors que les décideurs s'entêtent d'avancer. Maintenant le ministre de l'Énergie est face à des manifestations où sont désormais impliqués les citoyens habitants les régions concernées par l'ouverture des 13 premiers chantiers. Une colère ayant une discernement de proximité...

L'enjeu de l'eau, alors qu'à plus de 80% le Sahara couvre l'Algérie, préoccupe la population. «La quantité d'eau utilisée dans la fracturation hydraulique n'excède pas les 7000 m3 et est réutilisable pour d'autres opérations de fracturation … » a précisé le responsable, alors la protestation montre une résistance après plus d'une semaine de son déclenchement. Les ressources d'eau pour une production optimale du combustible de schiste,restent un secret, bien loin des chiffres données. 

Dès le dernier jour de l'an 2014, 1 500 personnes se sont rassemblées à In Salah, en plein sud. Alors que la bourgade plongée,dans un arrêt collectif de toutes les activités, les écoles et les commerces fermés ont fait « ville morte ».

Depuis, la mobilisation n'a cessé de prendre de l'envergure, s'étalant aux plusieurs localités de la région In Ghar, Iguestene et Sahla Tahtania. Plus loin, le 6 janvier, plus de 2 000 personnes parmi lesquels de nombreux étudiants et enseignants ont participé à une marche dans les rues de Tamanrasset, en solidarité avec les habitants d'In Salah. #Ecologie

Au dixième jour des protestations, la dénégation reste de marbre, Mr Youcef Yousfi (ministre concerné) a rencontré les représentants des manifestants avec une suffisance qui dit long sur l'écoute réservée aux administrés qui marquent leur rejet. Une heure historique actuellement se joue en l'absence d'une anticipation de l'impact de l'exploitation du gaz en Algérie. Les nappes hydriques du sud abordent un avenir incertain, alors que le pays est déclaré comme disposant des troisièmes réserves mondiales de gaz de schiste.