Blasting News : En tant que personnalité politique engagée dans la lutte pour la protection de l'environnement, quel regard portez-vous sur l'intervention de #François Hollande à Manille ?

Jean-Vincent Placé : La France accueillant la COP 21, il fallait un signal fort, un symbole, en amont de la conférence. Le choix des Philippines était particulièrement pertinent, du fait de sa réalité géographique. Mais au-delà du symbole, il y a eu des mots forts. Je crois que c'est un tournant dans le mandat. Le Président de la République a accompli sa conversion à la problématique climatique. Cela devrait rester comme la conversion de Manille ! Pour les écologistes qui travaillent depuis un moment à ce changement de braquet dans le discours, c'est une victoire. Sur ce point, Nicolas Hulot est un véritable atout. Rares sont ceux qui ont cette force de conviction et ce savoir-faire.

BN : Que pensez-vous de l'action du gouvernement en matière d'environnement ?

JVP : En faisant le choix de Ségolène Royal, le Premier Ministre a passé un message clair : la voix de l'écologie sera entendue. Au-delà de la bonne entente et du talent qu'on lui connaît, Ségolène Royal a un vrai savoir-faire dans la façon de travailler collectivement. Bien sûr, il y a encore beaucoup à faire. Mais nous avons pu apprécier le travail mené avec elle dans le cadre de la loi sur la transition énergétique et qui était très attendue dans nos rangs. Autre exemple, la question de la biodiversité. En tant que premier vice-président de Natureparif, la première agence régionale pour la biodiversité, c'est un sujet que je suis de près. Je sais son attachement tout particulier à la loi qu'elle présentera bientôt sur le sujet. Avec l'agence française pour la biodiversité, la France affichera son volontarisme, son ambition et les moyens mis en œuvre pour protéger la nature dans toute sa diversité.

BN : Quelles sont aujourd'hui les priorités, les principaux enjeux en matière de lutte pour la sauvegarde de l'environnement ?

JVP : Les enjeux environnementaux sont nombreux, mais on peut les regrouper en deux catégories principales. Ceux qui relèvent de la « sécurité environnementale ». Ce sont toutes les questions qui touchent au climat, à l'alimentation et tous les aspects sanitaires environnementaux (pollution...), la précarité énergétique. Et il y a les questions qui relèvent du « patrimoine environnemental ». Je pense en particulier à la biodiversité, à la protection des paysages, la nature dans son ensemble. Naturellement, les deux se rejoignent. L'écologie est une pensée systémique. Tout est lié. Ma priorité actuellement est l'alimentation. Je porterai cette question dans le cadre de l'exposition universelle de Milan, qui l'a choisie pour thème. L'espérance de vie progresse, mais l'espérance de vie en bonne santé recule. La cause ? Il faut la chercher dans nos assiettes et dans nos champs. Le Président de la République a déclaré que nous devions engager le siècle de l'hygiène chimique, après le siècle de l'hygiène bactériologique. Il peut compter sur ma détermination sur ce point.

BN : Comment faire pour que les problèmes liés à l'environnement dépassent les intérêts des lobbies, qui semblent jusqu'à présent freiner les bonnes volontés ?

JVP : Là où les choses changent, c'est que les lobbies eux-mêmes commencent à réaliser que le dérèglement climatique ou la perte de biodiversité vont avoir un impact sur leurs filières, sur leurs intérêts. Les cartes se redistribuent. Il faut relire le rapport Stern sur le coût du changement climatique. Il faut lire les rapports sur les services rendus par la biodiversité. La protection de l'environnement n'est plus seulement une évidence pour les écologistes, elle l'est aussi pour de plus en plus d'économistes.

BN : Vous l'avez évoquée, qu'attendez-vous de la conférence climat prévue en fin d'année à Paris ?

JVP : Il y a des rendez-vous que l'humanité dans son ensemble ne peut se permettre de manquer. Je crois que la conférence climat en fait partie. La guerre contre le dérèglement climatique est une guerre de l'humanité contre elle-même, contre ses propres travers. Si nous ne sommes pas en mesure de la gagner, alors c'est que nous ne valons pas beaucoup mieux que les dinosaures. #Ecologie