À Batouri, chef-lieu du département de la Kadey, dans la région de l'Est, une nouvelle forme de charbon fait la pluie et le beau temps. La briquette de charbon et de sciure, une sorte de charbon recyclé fabriqué à base de poudre de charbon et de farine de manioc, est présentée comme étant plus résistante, et moins polluante que le charbon ordinaire. Zachary Njoya, délégué du GIC Clairnet, en est l'inventeur.

"Mon épouse et moi vendions du charbon. Nous nous sommes rendus compte que lors du transport du charbon ordinaire des sites de production vers les points de vente, on se retrouvait avec des quantités importantes de poussières de charbon et des granulés abandonnés sur place", explique-t-il. Pour consolider la poudre de charbon et en faire une masse compacte, il a plusieurs fois tenté l'expérience de l'associer à la poudre de manioc, une des denrées les plus consommées dans la région. Le résultat obtenu fut surprenant. Mis au feu, le charbon recyclé s'avérait plus résistant que le charbon ordinaire, et contrairement à celui-ci, il ne noircissait pas les marmites des ménagères.

Pour vérifier l'efficacité de son invention, Zachary Njoya propose son nouveau charbon à des promotrices de restaurants et à des ménagères. Immédiatement, le charbon recyclé séduit. Marie Laure, tenancière d'un restaurant à Bertoua, explique que "le charbon révolutionnaire" lui a permis de faire des économies. "Le charbon ne fume pas, et ne nécessite pas l'utilisation de beaucoup de savon et de détergent pour faire la vaisselle", se réjouit-elle.

Un marché en pleine expansion

Reste la production. Pour arriver à produire des quantités importantes, il fait fabriquer une dizaine de moules en fer chez un forgeron de la place. À l'aide de son épouse, de certains membres de sa famille et d'autres amis, il se lance dans la transformation du charbon recyclé. L'équipe constituée de quatre personnes est organisée. L'une est chargée de la collecte des poudres de charbon dans les nombreuses unités de production qui essaiment dans la ville et dans certains marchés. L'autre est chargée de moudre la poudre de charbon avec la poudre de manioc et un peu d'eau. Deux autres personnes les insèrent dans moules pour en sortir le produit fini, qui se présente sous une forme cylindrique. Une fois sorti du moule, le charbon est séché, entre une et deux journées, en fonction de la saison. Une fois le produit sec, il est acheminé vers les marchés.

La petite unité de production parvient à sortir environ 4 tonnes de "briquettes de charbon et de sciure" par mois, à raison de 200 F.CFA le kilogramme. Malgré le prix élevé par rapport au prix du charbon ordinaire (100 francs pour trois kilogrammes), la nouvelle du "charbon de briquette et de sciure" se propage comme une trainée de poudre, et atteint Yaoundé et Douala, les deux capitales du #Cameroun, mais aussi le Tchad. Ici, les femmes, en quête de charbon de bonne qualité, tombent sous le charme, et en demandent. L'invention de la petite unité de production de Batouri est saluée par l'Etat camerounais. Le ministère des Forêts et de la faune (Minfof) lui accorde un certificat de production. #Monde rural #Afrique

"Notre ambition aujourd'hui c'est d'accroître notre capacité de production à 16 tonnes, voire plus, si les moyens le permettent", explique Zachary Njoya, qui ajoute travailler actuellement sur l'expérimentation d'un nouveau produit. Associer de la sciure de bois, abandonnée dans la forêt par les exploitants forestiers, à de l'argile. Les premiers résultats sont attendus.