On a coutume de dire que l'Europe a toujours des années de retard sur les États-Unis. Si cela n'est pas toujours faux, dans ce cas précis c'est l'Europe et en particulier la France qui est en avance sur les Américains. L'affaire concerne l'utilisation des pesticides à base de néonicotinoïdes.
Neuf mois après le lancement par le président Obama "d'une stratégie fédérale pour la santé des abeilles et autres pollinisateurs", les premières mesures se mettent en place avec les restrictions de l'usage des insecticides à base de néonicotinoïdes extrêmement dangereux pour les abeilles. 
L'agence pour la protection de l'environnement (EPA) a prévenu les firmes agrochimiques qu'elle ne délivrerait plus d'autorisation de mise sur le marché de nouveaux produits contenant des molécules de la famille visée.

Lon Ann Burd, directrice pour la santé environnementale du Centre pour la diversité biologique a déclaré qu'"il ne fait aucun doute que ces produits toxiques tuent nos pollinisateurs. Nous louons l'EPA de l'avoir reconnu et d'avoir pris cette décision, même s'il faut aller plus loin." #Monde rural

Le laxisme de l'Agence


L'agence est depuis longtemps déjà la cible des apiculteurs américains qui l'accuse de laxisme. En effet, elle délivrait des autorisations provisoires, valant agrément permanent, de mise sur le marché sans avoir fait aucune étude ou test sur les produits. Les fabricants n'avaient pas obligation de le faire non plus. Il est vrai que si en Europe la puissance de l'industrie agrochimique est grande, il est probable qu'aux États-Unis elle soit encore beaucoup plus importante.

Les effets de ces insecticides


Notons que les insecticides contenant ces fameux néonicotinoïdes agissent sur le système nerveux central des abeilles, ce qui peut provoquer la mort lente ou rapide suivant les doses ingérées, ou désorganiser son système de localisation, la mettant dans l'impossibilité de revenir à sa ruche, mourant ensuite d'épuisement. Ils détruisent ou rendent impuissant les bourdons, conduisant à une mauvaise fécondation de la reine et à la diminution des naissains, le renouvellement de la ruche devient donc critique. Les abeilles ne sont pas les seules vulnérables à ces produits, des espèces non ciblées comme les oiseaux, les vers de terre, les milieux aquatiques sont également touchés. Des études sur des rats démontrent la potentialité de dangers pour l'homme.

Ce qui est fait dans l'UE


En Europe, depuis décembre 2013, l'emploi de 3 molécules dérivées des Néonicotinoïdes est interdit, mais uniquement sur 75 cultures jugées attractives pour les abeilles. 
Le 19 mars 2015, le parlement français a voté une loi prenant effet le 1er janvier 2016. Cette loi stipule l'interdiction des produits phytosanitaires de la famille des Néonicotinoïdes. C'est un pas important dans la bonne direction. 
Dans le même temps, la commission européenne publiait les résultats du rapport sur la situation des abeilles en Europe. Ce n'est pas brillant, 10% des 2000 espèces d'abeilles sauvages sont menacées d'extinction. Si des mesures ne sont pas prises rapidement, ce sont 5 % supplémentaires qui sont condamnés à disparaitre à très court terme. 
N'oublions pas une chose essentielle, l'homme a besoin des abeilles, c'est un rouage irremplaçable de la flore terrestre. S'il n'y a plus d'abeilles et d'insectes pollinisateurs, il n'y aura pratiquement plus de fruits, plus de légumes, plus d'arbres et... plus de miel.