L'UNAF, c'est l'Union Nationale de l'Apiculture Française, un syndicat qui regroupe 22 000 apiculteurs en France, et qui lutte notamment pour la sauvegarde de l'abeille.

Blasting News :  Ségolène Royal a présenté son plan "France, terre de pollinisateurs" dont l'objectif est de sauver les abeilles, qu'en pensez-vous ?



Gilles Lanio : On pointe du doigt les néonicotinoïdes (une classe d'insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes) et c'est une bonne chose. On reconnaît leur nocivité et leur toxicité pour les abeilles. Le gouvernement prend conscience qu'il faut en finir avec ces produits et c'est une bonne chose. ll y a des signes encourageants, on ne peut que s'en satisfaire. Mais il ne faut pas se contenter de ces annonces, et agir. Il y a déjà eu des promesses par le passé qui n'ont pas été suivies d'effets. Il faut donc rester prudent, et faire en sorte que les lobbies ne travaillent pas à l'encontre de ces propositions.


BN : Vous évoquez 2014 comme une année noire pour l'apiculture, pourquoi ?


GL : Les chiffres sont alarmants. Il y a un déficit grandiose, sans précédent, de production de miel. En 2014, les apiculteurs ont produit 10 000 tonnes de miel contre 40 000 il y a encore quelques années. Certains disent que les apiculteurs ne sont pas bons, mais ces constats existent partout dans le monde. Aux États-Unis par exemple, la production a chuté de 40%. On ne saborde pas nous-mêmes notre outil de travail. C'est bien l'environnement qui se dégrade.


BN : Comment pouvons-nous expliquer le déclin des abeilles depuis un certain nombre d'années ?


GL : Je prends souvent l'exemple de l'abeille d'Ouessant, qui connaît un taux de mortalité relativement faible (1 à 3%) alors que la moyenne, sur le continent européen, grimpe à 30%. Nous avons essayé de réintroduire ces abeilles d'Ouessant un peu partout, et celles-ci ne font pas mieux que leurs petites soeurs. C'est donc leur environnement global qui est en question. Les reines vivent moins longtemps qu'avant et ont du mal à se reproduire. Le problème vient des pesticides, qui ont une toxicité bien plus puissante qu'avant. Certains produits sont 10 000 fois plus nocifs aujourd'hui qu'il y a quelques années. Le traitement Gaucho par exemple, utilisé pour un certain nombre de semences, infiltre les sols et les champs et constitue un véritable danger pour les abeilles.


BN : Pourquoi les abeilles sont-elles si importantes ?


GL : Outre les aspects économiques et financiers bien réels, les abeilles sont surtout primordiales au niveau de notre alimentation. Quelques chiffres suffisent à l'illustrer : 35% de notre alimentation dépend de l'abeille. Et l'abeille conditionne également 65% de notre diversité alimentaire. Elles jouent donc un rôle absolument majeur.


BN : Quelles sont les conséquences du déclin des abeilles ? Et quelles seraient-elles si elles venaient à disparaître ?


GL : La problématique, c'est la puissance terrible des particules issues de ces produits nocifs, leur invisibilité et leur volatilité. Au-delà de notre alimentation, c'est aussi celle du bétail qui est en jeu. On accorde souvent cette phrase à Albert Einstein : "si l'abeille disparaît, l'humanité en a pour quatre ans à vivre". Qu'il l'ait dit ou non, cela montre de toute façon que le déclin des abeilles pourrait causer une crise ingérable d'une extrême gravité.


BN : Comment lutter contre ce phénomène ?


GL : On a aujourd'hui suffisamment de connaissances. On sait également que l'agriculture est possible avec moins de pesticides. La rotation des cultures ou la suppression du Gaucho sont par exemple des bonnes choses. Le problème aujourd'hui, c'est que les parasites sont de plus en plus résistants et donc qu'on a plutôt tendance à multiplier les doses de produits nocifs. Au-delà de la nécessité de produire propre, il y a un monde agricole en souffrance. Il faut donc aller plus loin que les discours, et mettre en place une sorte de plan Marshall de l'agriculture française. Le problème est plus profond que la question des abeilles. Il y a aujourd'hui une grosse machine, des contrats, des agriculteurs qui ont les mains liées et qui souffrent. Les politiques ont le devoir de repenser l'agriculture de manière durable et non de simplement utiliser ce mot dans les discours. Il faut une transition, et il faut que la politique accompagne les agriculteurs. #Ecologie


BN : Avez-vous le sentiment qu'il y a aujourd'hui une certaine prise de conscience ?


GL : Oui, il y en a une. Nous avions commandé un sondage IFOP il y a deux ou trois ans qui montrait que 80% de la population française s'estimait concernés par la question des abeilles. Aujourd'hui, plus aucun politique ne balaie du revers de la main cette problématique. On a conscience d'un empoisonnement de l'environnement. Simplement, il faut aller plus loin que cette prise de conscience, et agir. C'est comme pour ce plan de Ségolène Royal : il y a beaucoup de choses positives, mais cela ne suffit pas. Il faut définir un véritable calendrier d'actions. Heureusement que nous sommes là pour protéger l'abeille, qui est mise à mal alors qu'elle travaille bénévolement pour nous. Heureusement que nous nous battons, que nous ne baissons pas les bras.