La Ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, Ségolène Royal, a présenté cette semaine en conseil des ministres son plan de sauvetage des abeilles. Le projet, intitulé "France, terre de pollinisateurs", constitue une première étape dans la lutte pour la sauvegarde d'une espèce dont la disparition pourrait s'avérer dramatique pour l'Homme.


Que prévoit le plan Royal ?


Au centre du projet de l'ancienne candidate à la présidentielle, les néonicotinoïdes, ces insecticides qui agissent sur le système nerveux des insectes, affaiblis et fragilisés. Depuis 2013, un moratoire européen interdit leur pulvérisation sur les cultures en période de floraison. Alors que ce moratoire prend fin cette année, Ségolène Royal entend faire pression au niveau de l'Union Européenne pour renouveler ces interdictions, et espère également les renforcer mais aussi les étendre à d'autres familles de pesticides. Autre mesure prévue, la nationalisation de projets, jusqu'à présent territoriaux, à l'ensemble du pays : différentes méthodes de fauchage tardif ont ainsi été mises en oeuvre sur certaines bordures de route, permettant une augmentation de 30% de la diversité des insectes pollinisateurs dans ces régions. Elles devraient désormais être observées sur l'ensemble des 12 000 kilomètres du réseau routier du pays. Au total, une dizaine d'actions, du perfectionnement de la gestion forestière, à la formation des futures professionnels à l'étude et à la prise en compte des insectes pollinisateurs en passant par l'accompagnement des collectivités pour la gestion des aménagements urbains ou encore la création de ruches municipales.


Des annonces encourageantes, mais…


L'UNAF, l'Union Nationale de l'Apiculture Française, salue dans un communiqué le plan de sauvegarde des abeilles, mais pointe du doigt ses carences : "Ces éléments semblent positifs mais nécessitent d'être précisés afin d'évaluer concrètement en quoi les mesures proposées représentent une réelle avancée : éléments de calendrier ? Molécules et usages concernés ?" s'interrogent ainsi les apiculteurs français. Après l'adoption, contre l'avis du gouvernement, d'un amendement le 24 mars dernier sur l'interdiction de l'usage des néonicotinoïdes à compter du 1er janvier 2016, ces derniers attendent des actes concrets. D'autant plus que malgré des déclarations encourageantes depuis l'arrivée de François Hollande à l'Élysée en 2012, "la France a continué de délivrer des autorisations de mise sur le marché à plusieurs pesticides contenant des néonicotinoïdes", estime l'UNAF. Même son de cloche du côté de Delphine Batho, ancienne Ministre de l'Écologie, débarquée du gouvernement de Jean-Marc Ayraut en juillet 2013 : "Au lieu de décréter un moratoire, le gouvernement propose 'la valorisation de projets territoriaux'. Il y aura deux catégories de territoires : l'immense majorité de ceux où ces substances dangereuses pour les abeilles et la biodiversité continueront d'être utilisées, et quelques expériences locales où il en sera différemment". Si la prise de conscience est réelle, nombreux sont donc ceux qui estiment qu'il faut faire davantage encore. #Ecologie


Un monde sans abeilles, quels dangers ?


Alors que se profile en fin d'année la conférence du Paris sur le climat (COP21), les questions liées à l'environnement sont plus que jamais au centre des préoccupations des Français, et plus généralement de l'ensemble de l'humanité. Le plan Royal s'inscrit dans cette volonté, souvent plus forte au niveau citoyen et de la société civile que dans la sphère politique, de faire avancer les choses et de protéger une planète blessée par tant d'années de laisser aller. En ce qui concerne les abeilles, c'est d'ailleurs une pétition contre l'utilisation de ces produits toxiques, lancée en avirl dernier par la fondation Nicolas Hulot et l'association Générations futures, et qui a recueilli plus de 50 000 signatures en quelques semaines, qui a précipité une action gouvernementale. Autant de signes qui montrent que le temps de l'action est venu, le déclin grandissant des abeilles entraînant des conséquences dévastatrices : outre les pertes économiques considérables enregistrées (on produit trois fois moins de miel qu'il y a vingt ans, et l'abeille représente une valeur économique de 1,5 milliard d'euros par an pour la France), les abeilles sont indispensables à la survie de nombreuses plantes, et jouent un rôle majeur dans l'agriculture française. Leur disparition causerait en effet la perte d'un tiers de nos récoltes et de 65% de notre diversité alimentaire.