Le commerce florissant des oliviers à destination de la France ampute de manière catastrophique le patrimoine végétal des pays fournisseurs. Arrachés des provinces portugaises et espagnoles, ces témoins pacifiques d'une histoire multicentenaire, quittent à bord de camions affrétés spécialement pour cela, les terroirs qui les ont vus naître et grandir. La magnificence de ces vénérables vieillards vient réveiller nos consciences sur l'effet du temps passé : les troncs tordus par les vents et la pluie racontent à celui qui sait regarder, tout le poids des ans, toutes les souffrances endurées, les disettes et les années fastes.

 

Un beau matin ensoleillé les engins de chantier passent à l'action...

 

Fièrement posé sur une petite colline dominant un filet d'eau, il étendait ses bras noueux vers l'horizon. Il n'avait pas choisi lui-même l'orientation de ses gestes lents et délicats. L'homme l'avait pris en main, le taillant patiemment de génération en génération, lui apportant soins et attention, afin que le fruit fût du plus bel effet et du meilleur goût. Et puis il y avait le vent, ce sculpteur tempétueux et infatigable, parfois violent, souvent incessant, patient aussi. A force de souffler, il avait donné un sens à ces bras et imposé une inclinaison qui en disait long sur sa course dominante. Il suffisait de regarder ce vénérable corps massif, posé sur son socle de statue, pour savoir depuis quel horizon les souffles de sud-est imposaient leur loi au monde végétal. Une sangle étreint 500 ans d'histoire et un bras hydraulique arrache ce témoin à sa terre nourricière.

 

Tant de luttes pour se retrouver à l'ombre d'un pavillon de banlieue...

 

Le camion chargé à son maximum prend la route qui s'ouvre sur un triste destin. L'olivier ne sait plus où est le nord et le sud. Il erre perdu dans un environnement inconnu, privé de ses repères, séparé de sa terre bienfaitrice, arraché à la compagnie des oiseaux qui lui rendaient visite. L'éblouissant ciel d'azur s'est transformé en un plafond bas et gris vomissant une pluie glaciale et mortifère. Les sangles ont meurtri ses chaires, ouvrant des plaies béantes dans l'écorce protectrice. Entassés sur le plateau d'un camion bâché, le froid et les trépidations de la route déstabilisent et affaiblissent les témoins du temps passé. L'Homme a oeuvré, encore une fois, au détriment de la nature.

 

Un beau matin, on fait un trou sur la pelouse gavée de pesticides et d'engrais. La terre est grasse et froide. Et on pose l'olivier sur le lieu de sa lente agonie. Il ne comprend pas pourquoi depuis 500 ans il avait connu les levers de soleil sur son flanc arrondi et qu'aujourd'hui on l'oblige à changer cette habitude. De toute manière, le soleil il le verra peu : entouré de végétation inconnue et de constructions toutes plus hideuses les unes que les autres, il se résigne à accepter un sort que jamais il n'aurait pu envisager.

 

Heureusement, un peu de sa terre natale est restée accrochée à ses racines. Il pourra encore en humer le parfum en mourant à petit feu. #Agriculture #Ecologie #Espagne