La taupe fait dix sept centimètres queue comprise, elle a deux petits trous pour les oreilles dissimulés sous sa fourrure et deux billes noires pour sa myopie. Elle possède le plus sophistiqué des détecteurs sensoriels : un groin tout rose, ainsi, que deux pelleteuses avec cinq crochets propulseurs, des pattes arrière plus petites pour avancer et 44 dents pour mâcher la terre abrasive. Ses dents s’émoussent au bout de 4 ans et elle meurt faute de pouvoir se nourrir.

 

Dans ces galeries, où elle se déplace à la vitesse réglementaire de trois kilomètres à l’heure, l’air est raréfié à 10% d’oxygène, alors elle compense par un sang deux fois plus riche. Elle chasse à l’odeur et fait une réserve de lombrics pour l’hiver en les privant de centre nerveux pour qu’ils restent immobiles. Si au printemps elle ne les a pas mangés, les vers de terre se refont une tête neuve et retournent à la vie sauvage. Si la taupe préfère une pâture à charolaise ou une forêt de feuillus, parfois elle s’installe sur "The green", et là les ennuis commencent.

 

Elle s’impose un rythme de 4 heures de travail suivi de 4 heures de repos. Elle creuse un tunnel à quinze centimètres de profondeur dans un sol meuble de préférence. Elle fore deux cent cinquante mètres de souterrains à chaque quart, et en profite pour avaler tout ce qui tombe sur son passage : vers, larves, chenilles, chrysalides, mille-pattes, œufs de fourmis.

 

Elle plaque un maximum de terre prélevée, quinze kilos de terre les 90 minutes, sur les parois en se servant de son corps massif et le surplus elle l’envoie derrière elle. Quand le remblai atteint dix fois son poids, tous les cinquante centimètres, elle se retourne et à grand coup de rein et avec sa seule patte avant droite, son groin étant trop fragile, elle pousse de toutes ses forces, le surplus débouche alors à l’air libre par une cheminée d’évacuation. Elle aménage également des trous d’aération tous les deux mètres cinquante, pas question de risquer l’asphyxie.

 

Si l’hiver est trop rigoureux, elle en rebouche quelques uns. Puis elle aménage une chambre à coucher. Elle sort la nuit par une cheminée d’aération et ramasse ce qu’il y a à proximité : du foin, des feuilles mortes, un vieux journal, de la ficelle et de l’herbe. Au bout de quelques semaines son domaine fait plusieurs kilomètres. Elle ne se perd jamais dans ce labyrinthe car elle urine pour marquer chaque embranchements.

 

Une fois installée, elle se fait oublier, sauf si le thermomètre passe la barre des trente cinq degrés, car le soleil oblige les vers à quitter la surface, ils estivent quand la terre devient trop dure et la taupe se retrouve sans ressource, alors elle creuse de nouveaux tunnels pour subvenir à ses besoins journaliers et de nouveaux monticules apparaissent sur la pelouse d’un beau vert anglais. Inutile de se fâcher, ce n’est que temporaire, c’est même le moment d’en profiter pour récupérer cette excellente terre pour vos jardinières et laisser la Talpa europaea aérer votre sol, il ne s’en portera que mieux. La canicule passée, aplatissez votre pelouse et laissez-la vaquer à ces occupations de taupe.

 

Avant de penser piégeage, pensez cohabitation !

La taupe d'Europe n'est pas considérée en danger, elle ne bénéficie que du statut de préoccupation mineure, sauf en Allemagne où l’espèce est protégée depuis 1986.

 

Des oiseaux dans la ville

La supériorité des sens chez nos animaux #Animaux #Ecologie