La ville portuaire de Calais, dans nord de la France, est l'ultime étape du long voyage parcouru par des migrants et des demandeurs d'asiles de différents horizons. Arrivés par des moyens clandestins, ces voyageurs se posent durant quelques jours dans des conditions très précaires, avec dans l'espoir d'embarquer clandestinement vers l'Angleterre. Sans papiers d'identité, ils n'ont aucune valeur aux yeux des autorités qui tente par différents moyens de leur faire perdre tous espoir.

« Je marchais dans la rue, raconte Mohammed Moussa, originaire du Darfour. Les policiers sont venus vers moi. Ils ne m'ont rien demandé. Sans aucune raison, sans aucun problème, un policier m'a frappé sur le nez avec sa matraque. »

Ce témoignage, relayé par l'ONG new-yorkaise Human Right Watch (HRW), figure parmi les nombreux récits des violences qu'endurent quotidiennement les migrants.

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« Les policiers m'ont aspergé trois fois quand j'étais dans le camion, explique l'iranien Souhail. J'étais seul. Les trois fois, c'était il y a environ un mois. Les policiers ont ouvert la porte et avant de dire quoi que ce soit, ils m'ont aspergé le visage. Je ne pouvais rien voir et deux fois, ils m'ont frappé avec leurs bottes et leurs mains. »

Selon HRW, les autorités locales nient avoir perpétré de telles violences. Thierry Alonso, directeur sortant de la sécurité publique aurait affirmé : « Quelles que soient les accusations contre les policiers et les gendarmes qui assurent leur mission sous mon autorité, tout ce qui peut être dit est infondé. Il n'y a eu ni blessés, ni violences à l'égard des migrants ». Le préfet du département du Pas-de-Calais, Denis Robin, aurait expliqué que les blessures des migrants étaient survenues durant leurs tentatives infructueuses de rejoindre le Royaume-Uni.

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L'Angleterre, une destination idéalisée

Dès leur arrivée à Calais, les demandeurs d'asile voit leur espoir de traverser la Manche réprimé par la réalité : les routiers ne prennent plus le risque d'embarquer des clandestins par peur des amendes et grimper dans un bateau sans titre de transport valide est irréalisable. Fuyant souvent des pays en guerre, rongés par la famine ou détruits par des inégalités sociales, ces sans-papiers ont traversé une partie de l'Afrique sur leurs dernières économies, se sont glissés au travers de la surveillance méditerranéenne de Frontex et ont franchi la France jusqu'à la mer.

Bloqués par la Manche, les voyageurs clandestins sont forcés de vivre dans des conditions de pauvreté extrême. Début janvier 2015, le rapport de HRW comptabilise 2300 demandeurs d'asiles vivants dans des campements de fortune, « dormant dans des tentes, sur des matelas en plein air, avec peu ou pas d'abri contre le froid. (…) L'un des camps a une source d'eau, mais les personnes dans les autres endroits [doivent] marcher entre 300 mètres et 2 km pour trouver de l'eau. »

Quelles répercussions médiatiques?

De nombreux journaux se penchent régulièrement sur la question, relayant le travail des ONG comme No Border, qui luttent pour un meilleur traitement des sans-papiers.

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Libération titrait en 2011: « Les migrants de Calais tyrannisés par la police ». En 2014, Le Monde dénonçait: « A Calais, CRS et barrières face à des migrants toujours plus nombreux ». Aujourd'hui, une ONG américaine scandalise le monde médiatique. Mais quelles solutions sont mises en places?

Human Right Watch conclue son rapport avec cette injonction: « Le gouvernement français devrait respecter ses obligations en vertu de la directive de l'UE sur les conditions d'accueil et fournir un logement sans délai à tous les demandeurs d'asile en attendant que leurs demandes soient traitées, y compris les personnes qui indiquent leur intention de demander l'asile. Le gouvernement devrait également travailler avec les associations humanitaires et non gouvernementales afin de mettre en place l'hébergement d'urgence pour tout migrant sans papiers sans abri à Calais, en particulier pendant les mois d'hiver. » #Immigration