Le caricaturiste suédois serait selon toute vraisemblance la cible de la fusillade qui a fait une victime et trois blessés dans le centre culturel Krudttonden à Copenhague. "Il s'agissait clairement d'une attaque visant Lars Vilks", insiste Helle Merete Brix, organisatrice dans la capitale danoise du débat sur la liberté d'expression et sur l'islamisme, interrompu samedi par des coups de feu. L'artiste de 68 ans, à la fois sculpteur, dessinateur et peintre, a développé au fil des années un goût pour la provocation qui lui confère un statut controversé en Suède.

Une caricature de Mahomet en 2007

En 2007, Lars Vilks représente la tête du prophète sur un corps de chien dans un journal local, à l'occasion d'une exposition sur le thème du chien.

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L'année précédente, alors que le thème était celui du chat, l'artiste suédois avait caricaturé l'ancien Président américain Georges Bush. "Je ne suis pas un raciste fanatique, je n'ai pas de position politique. Je suis un artiste qui cherche les limites, qui veut trouver ce que l'on peut faire ou non et là où il peut y avoir un débat", expliquait-il, estimant que le rôle de la satire était aussi bien de s'attaquer aux leaders politiques qu'aux chefs spirituels. Et d'ajouter : "Je pense que c'est très important, si l'on veut parler de la liberté d'expression et de l'Islam et des musulmans, d'avoir une vraie position, d'avoir quelque chose de suffisamment provocant et transgressif pour entamer un débat."

Une cible prioritaire d'Al-Qaïda

Si sa caricature de Mahomet lui a valu une renommée mondiale, Lars Vilks a depuis été la cible de nombreuses tentatives d'assassinat, et sa tête a été mise à prix pour 100 000 dollars par une faction d'Al-Qaïda.

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En 2009, son meurtre est planifié par Colleen LaRose, une jeune Américaine qui se fait appeler "Jihad Jane", et qui aurait recruté des islamistes dans ce but avant d'être arrêtée. Au mois de mai de l'année suivante, sa maison est incendiée au cocktail Molotov par deux jeunes Suédois alors qu'il était absent, puis il est agressé quelques semaines plus tard à l'Université suédoise d'Uppsala. Enfin, en septembre 2011, plusieurs individus soupçonnés de vouloir attenter à sa vie sont arrêtés (avant d'être blanchis) à Göteborg, à l'occasion de l'inauguration de la Biennale d'art contemporain. Alors qu'une centaine de personnes est évacuéee, Lars Vilks, lui, n'est pas présent. Depuis, l'artiste ne se déplace plus sans protection policière : "J'essaie de garder mon sang-froid. Le bon côté des choses, c'est que les gens qui en ont après moi sont probablement mal équipés, ce sont des amateurs." #Terrorisme



Ce samedi, il n'était pas difficile de savoir que ce personnage controversé pour son travail autant que pour ses fréquentations, et souvent apprécié de ceux qui perçoivent l'Islam comme une menace, serait présent au débat "Art, Blasphème et Liberté". Le jour de l'attaque meurtrière de Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier, Lars Vilks déclarait : "On ne peut pas renoncer à la liberté d'expression. L'attaque à Paris est hélas significative de l'époque où nous vivons."