Une romance romaine. Voilà comment s’annonçait le mandat du plus jeune Président du Conseil italien, élu il y a un an à l’âge de 39 ans. De son arrivée à la tête du parti démocrate (PD) à ses premiers sommets européens, rien ou presque n’a semblé pouvoir freiner l’ascension vertigineuse de Matteo Renzi. De celui que l’on compare volontiers à Manuel Valls en France, tout a été dit ou presque sur sa détermination, sa jeunesse, son volontarisme, ou même son utilisation frénétique des réseaux sociaux.   

L’Italie, l’autre pays en crise

100 jours. Il s’était donné 100 jours. Les résultats économiques ne se décrétant pas, Matteo Renzi a dû tempérer son discours et s’imposer des délais moins courts pour réformer son pays dans le sens qu’il souhaite. Occultée par l’urgence grecque ou les inquiétudes espagnoles et irlandaises, la situation économique de l’Italie depuis la crise est insuffisamment connue de l’autre côté des Alpes. La troisième économie derrière l’Allemagne et la France a pourtant été durement frappée par la crise de la zone euro et trois années de récession consécutives. Avec un chômage au-delà de 13% et une dette publique supérieure à 130% du PIB, les marges de manœuvre de Matteo Renzi n’ont pas la même ampleur que les espoirs suscités par le dirigeant italien.

Un agenda de réformes contrarié

La promesse d’une réforme par mois pendant un an a connu le même sort que l’horizon des 100 jours. Devant les réticences conjuguées du Parlement et de l’administration italienne, le culot et le volontarisme de l’ancien maire de Florence se sont heurtées aux réalités d’un système politique rétif aux dirigeants autoritaires. Parmi les grandes réformes annoncées, seul le Job Act a été adopté. Sans décret d’application à ce jour, ce texte applaudi par la Commission Européenne n’a guère d’impact sur l’emploi. Inachevé, le Job Act fait pourtant figure de projet abouti comparé aux nombreux autres chantiers encore à ciel ouvert : réforme de la fiscalité, de la fonction publique, de l’école, nouvelle loi électorale, etc.

Au niveau européen, la présidence italienne du Conseil de l’Union Européenne lors du deuxième semestre de 2014 n’a pas abouti à une réorientation des politiques européennes en faveur de la croissance aussi nette que Matteo Renzi l’aurait souhaitée. Une année offre évidemment un recul bien insuffisant pour juger de la capacité d’un dirigeant à relancer une machine économique sérieusement grippée. L’annonce d’une croissance de nouveau positive en 2015, la baisse de l’euro ainsi que du prix du baril de pétrole et l’abondance de liquidités sont par ailleurs autant de facteurs macroéconomiques qui feront office de vent dans le dos pour le Président du Conseil au pouvoir.

Le « démolisseur » du paysage politique italien

365 jours n'ont pas suffi à Matteo Renzi pour réformer l’Italie en profondeur. Il ne lui a fallu en revanche que quelques mois pour faire exploser les équilibres traditionnels de la vie politique et rendre obsolète des clivages anciennement structurants.

L’ascension fulgurante de Matteo Renzi a démarré à l’automne 2013, lors des primaires militantes puis ouvertes désignant les nouvelles instances dirigeantes du PD. Opposé à Gianni Cuperlo et Giuseppe Civati, l’outsider florentin emporte largement un scrutin rassemblant plus de trois millions d’électeurs. Fort d’une direction désormais acquise à sa cause, il l’amène à renverser Enrico Letta le 14 février 2014, lors d’une manœuvre de palais dont seule la politique italienne a le secret.

Paradoxalement, ce n’est pas tant un scrutin national que les élections européennes du 25 mai 2014 qui ont fait de Matteo Renzi le nouvel homme fort de la vie politique italienne. Recueillant plus de 40% des voix, le parti de celui qui aime à se faire appeler "le démolisseur" constitue une des rares bonnes surprises de la gauche social-démocrate européenne, dont il devient la force la plus importante.

Liant son sort à celui de son parti, Matteo Renzi impose un profond changement de culture dans une formation politique traditionnellement allergique au culte du chef. Hégémonique dans son propre camp, le Président du Conseil poursuit durant sa première année de mandat son projet de démolition de l’opposition. Sur les ruines d’une droite post-berlusconienne en lambeaux, profitant de l’essoufflement du parti 5 étoiles de Beppe Grillo, positionnant son parti au centre, Matteo Renzi fait naître un nouveau clivage entre réformateurs et conservateurs qui déstabilise l’opposition traditionnelle.

En outre, en faisant élire un ennemi de Silvio Berlusconi à la Présidence de la République au début du mois de février, Matteo Renzi a fini de marginaliser une figure autour de laquelle s’était structuré le paysage politique italien depuis vingt ans. Durant sa première année de mandat, Matteo Renzi n’a pas tant renouvelé l’Italie que la politique italienne. Pour la troisième économie de la zone euro connaissant un taux de chômage de 13%, c’est sans doute insuffisant. Dans un pays où les affaires politiques ont miné la confiance des citoyens et où la tentation populiste reste grande, c’est déjà beaucoup.