Boris Nemtsov, un opposant de longue date à #Vladimir Poutine, n'était probablement pas encore arrivé à la morgue que le monde entier pointait du doigt le président russe pour son implication présumée dans ce meurtre abominable. Les Etats-Unis se sont empressés de publier une dénonciation dans un temps record, alors que les nombreuses exactions de la police américaine ne sont commentées (si elles le sont) que des heures, voire des jours plus tard.

Poutine est loin d'être un enfant de coeur. Le maître du Kremlin est un politicien redoutable, un expert de la géopolitique, un homme probablement prêt à commettre des actes peu orthodoxes pour consolider son pouvoir.

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Et justement, l'assassinat de Boris Nemtsov ne consolide pas le pouvoir de Poutine, il le fragilise.

La Russie vit actuellement une période trouble. Le Rouble est au plus bas, les sanctions sont dans tous les esprits, la guerre en Ukraine est mal vécue par de nombreux Russes qui continuent à percevoir tous les Ukrainiens comme des frères. Si Poutine dispose d'une popularité effarante (plus de 80% d'opinions favorables), c'est uniquement parce qu'il incarne à lui seul le renouveau russe, la gloire de la patrie. Mais combien de temps cela durera-t-il, sachant que le pouvoir d'achat s'effrite aussi vite que la neige de la place Rouge fond au soleil? C'est une question qui doit donner des insomnies au président russe.

Nemtsov: un coup occidental?

Ramzan Kadyrov, le controversé leader tchétchène, s'est quant à lui empressé de pointer du doigt les Occidentaux pour le meurtre de Boris Nemtsov.

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"Il ne fait aucun doute que le meurtre de Nemtsov a été organisé par les services secrets occidentaux pour provoquer un conflit intérieur en #Russie", a-t-il assuré. "C'est leur manière de faire. Ils prennent quelqu'un sous leur aile, l'appelent ami de l'Occident puis le sacrifie pour accuser les autorités locales", a-t-il rajouté. Nul doute que Boris Nemtsov, ancien premier ministre de Boris Eltsine, celui que les Russes accusent d'avoir vendu la patrie aux intérêts occidentaux, pourraient rentrer dans ce schéma. Rappelons que Nemtsov représentait la frange libérale de l'opposition, celle tournée vers l'Europe et les Etats-Unis.

La piste occidentale voire ukrainienne doit être prise très au sérieux. Rappelons que la nouvelle doctrine militaire américaine désigne la Russie comme ennemi numéro un des Etats-Unis. Est-il encore nécessaire de rappeler le sort que Washington réserve à ses ennemis? L'Occident, se sentant impuissant par les victoires russes sur tous les théâtres géopolitiques, est tout à fait capable d'avoir commandité ce lâche assassinat.

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Le but? Liguer le peuple russe contre son président. Créer un Maidan 2.0. Comme cela a été fait en Ukraine, mais aussi en Géorgie, en Serbie ou au Kirghizistan. Affirmer que les Américains ont soutenu financièrement ces révolutions n'est pas une opinion, mais un fait historique.

Il n'est un secret pour personne que la Russie actuelle dérange la Maison Blanche et ses alliés. Trop indépendante, trop puissante, trop contrariante même. Les Etats-Unis s'accrochent au monde unipolaire dont ils ont hérité après la guerre froide. Assassiner Nemtsov, qui de toute façon est incapable de gagner une élection présidentielle, pourrait représenter pour eux un ultime pari de nuire à la Russie de Poutine. Y parviendront-ils? Rien n'est moins sûr. Si des centaines de milliers de Russes ont manifesté dans les rues de Moscou ce dimanche, c'était plus pour réclamer une justice rapide et indépendante (ce qui manque à la Russie actuelle) que pour demander la tête de Poutine sur un plateau.

La piste ultra-nationaliste

Nemtsov aurait très bien pu être tué par un individu ou un groupe fanatisé par la propagande, véritable tradition en Russie. Les Russes pensent encore comme des Soviétiques. Tous ceux qui ne sont pas pour le pouvoir en place sont considérés comme des anti-patriotes, des traîtres. Le terme cinquième colonne revient souvent dans les conversations. La télévision, principale source d'information des Russes, exhacerbe ces relents nauséabons de l'époque communiste.

La guerre en Ukraine, les sanctions occidentales, la politique d'encerclement menée par l'Otan, le retour de la Crimée au bercail: tous ces éléments renforcent le nationalisme russe et Poutine par la même occasion. Pour de nombreux Russes, Boris Nemtsov, ancien ministre de l'Energie sous Eltsine, n'était qu'un vendu ami des oligarques qui ont pillé le pays lors des années 90. Et dans un pays vouant un culture à l'armée et aux armes, il ne fait nul doute qu'un désiquilibré aurait très bien pu s'emparer d'un pistoler our abattre celui qu'il estime être un nuisible. C'est ce qu'on appelle la loi du Far East.