Sophie Loussouarn, experte de l'histoire politique et économique du #Royaume-Uni, parle du fonctionnement des élections de ce jeudi 7 mai. Auteur du livre David Cameron: un conservateur du XXIème siècle, elle explique les enjeux importants du scrutin de ces élections…

Blasting News: Comment fonctionnent les élections législatives au Royaume-Uni?

Sophie Loussouarn: Il s'agit d'élire 650 députés à la Chambre des communes. Ensuite, le parti qui arrive en tête forme le gouvernement. Le problème ici est qu'on prévoit un gouvernement sans majorité des sièges, à savoir 326, la moitié des 650 députés. Pour pouvoir gouverner seul, un parti doit obtenir ces 326 sièges au minimum, ce qui correspond alors à la majorité absolue.

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Les élections se font au scrutin majoritaire uninominal à un tour, ce qui a créé jusqu'en 2010 une majorité stable. Ce type de scrutin va à l'opposé de celui proportionnel, qui permet de représenter les partis en fonction des voix obtenues. Le scrutin majoritaire uninominal à un tour existe depuis très longtemps et a été maintenu à la suite d'un référendum organisé en 2011 qui a vu 68% des Britanniques vouloir ce maintien.

En 2010, il n'y a pas eu de majorité, dès lors un gouvernement de coalition a dû être formé. Les conservateurs avaient eu 306 sièges et s'étaient alliés aux Libéraux-démocrates. Aujourd'hui, on prédit que les conservateurs arriveront en tête avec environ 282 sièges, avec une douzaine de sièges d'avance sur les travaillistes. Si tel est le cas, soit ils formeront à nouveau une coalition avec les Libéraux-démocrates, soit ils feront une coalition avec les Libéraux-démocrates et les unionistes irlandais par exemple.

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Ed Miliband, chef du Parti travailliste, croit qu'il aura la majorité et pourra former le gouvernement. Il refuse une alliance avec les nationalistes écossais, qui vont eux prendre la majorité des sièges en Ecosse et qui risquent d'avoir 50 sièges à la Chambre des communes, ce qui en fera le 3ème parti. Autant dire que le Scottish National Party (SNP) est en bonne position. Nicola Sturgeon, Premier ministre écossaise, a dit qu'elle ne voterait pas le budget des travaillistes.

La légitimité d'un gouvernement tient de la confiance et du soutien que le parlement accorde au gouvernement formé par le parti majoritaire.

Que prédisent actuellement les sondages?

Un sondage de l'ICM prévoit 35% pour les conservateurs, 32% pour les travaillistes, 8% pour les Libéraux-démocrates, et 13% pour l'Ukip (United Kingdom Independance Party).

L'Ukip est parti anti-européen qui prône une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. On utilise même le terme "Brexit" pour désigner celle-ci. Qu'en pensez-vous?

Si Cameron est à nouveau Premier ministre, il organisera un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne d'ici à 2017.

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Actuellement, 39% souhaiteraient quitter l'UE mais 40% souhaitent y rester. Selon moi, si un vote est organisé, les Britanniques iront plutôt dans le sens d'un maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE. Celle-ci est vitale pour le pays: 3 millions d'emplois en dépendent, 50% des échanges commerciaux se font avec des pays membres de l'Union européenne, tout comme une grande partie des investissements.

Angela Merkel craint énormément ce "Brexit", car si le Royaume-Uni quittait l'UE, il y aurait une domination des pays les plus dépensiers. Or la chancelière forme un couple excellent avec David Cameron, ils pratiquent la même politique économique basée sur l'austérité, la réduction du déficit public et celle de la dette publique, ainsi que l'encouragement envers l'emploi et l'innovation.

Finalement, quels sont les enjeux liés à cette élection?

Ils sont énormes. Si les conservateurs forment un gouvernement, ils vont maintenir la politique de réduction du déficit public, contrôler l'immigration, encourager l'innovation, créer de l'emploi. Si les travaillistes arrivent au pouvoir, on ne sait pas comment ils formeront le gouvernement. S'ils s'allient avec les nationalistes écossais, cela risque de conduire au démantèlement du Royaume-Uni, à la fin de la politique d'austérité qui elle-même amènera à une augmentation des dépenses publiques, et plongera le Royaume-Uni sous les dettes.

Grâce à la politique économique menée par le gouvernement entre 2010 et 2015, la dette publique sera réduite à 80% du PIB, le déficit public a été divisé par deux, 2 millions d'emplois ont été créés dans le secteur privé, le chômage est tombé à 5,6% en mai 2015, la croissance a atteint 2,6% du PIB ce qui est un des plus forts taux en Europe, l'inflation est tombée à 2%. Tout cela montre bien que la reprise de l'économie britannique est bien là.

On parle d'un scrutin indécis. Pourquoi? Sachant que l'économie britannique se porte mieux grâce au gouvernement de Cameron…

Les Britanniques en ont assez des partis traditionnels. Cela explique la percée des nationalistes écossais en Ecosse, ainsi que celle de l'Ukip, qui regroupe les déçus des grands partis. Il y a en quelques sortes une faillite des politiques traditionnelles. En outre, les citoyens n'ont plus confiance en leurs hommes politiques et dénoncent l'élite de Westminster.

La politique d'austérité a fait souffrir beaucoup de personnes, le niveau de vie n'a pas augmenté, les salaires n'ont pas été tirés vers le haut. Finalement, le gouvernement de Cameron a préparé un meilleur avenir pour les générations futures que d'autres pays européens qui leur laissent des dettes. Mais cela au risque de leur popularité. Ils n'ont rien fait pour se faire élire à nouveau, en exigeant des sacrifices. Mais ils ont nettement contribué à remettre le Royaume-Uni sur pieds.

De l'emploi a été créé, ce qui a attiré énormément de travailleurs européens. Un phénomène migratoire qui ne plait pas aux Anglais…

Cela signifie des emplois en moins pour les citoyens britanniques. Ensuite, si les étrangers s'installent, ils vont pouvoir bénéficier des avantages du système, au détriment des Anglais. Mais cette migration est difficile à contrôler étant donné que ce sont des Européens, et c'est donc tout à fait dans la légalité.

En septembre eut lieu le référendum pour l'indépendance de l'Ecosse, qui s'est soldé par un "non". Cela peut-il avoir une influence sur les élections?

Depuis ce référendum, le parti nationaliste écossais n'a cessé de gagner du terrain, paradoxalement. Ce parti prendra une grande partie des sièges en Ecosse. Se pose alors la question d'un nouveau référendum… En tout cas, ils demanderont davantage de pouvoirs pour l'Ecosse. Quel que soit le gouvernement, il aura à régler le problème du transfert des pouvoirs dans cette zone.

Dans l'optique où un nouveau référendum est organisé, et que l'Ecosse gagne son indépendance, cela serait un vrai désastre, tant pour l'Ecosse que pour le Royaume-Uni. Cela créerait une crise constitutionnelle, la fin de l'union, des problèmes économiques considérables, et des problèmes en matière de défense. #Élections