Est-ce vraiment important ? Trahi par Michael Gove, tout juste deux heures avant de se déclarer candidat au poste de Premier ministre britannique, et de devoir se rétracter, BoJo (Boris Johson) soutient la candidature d’Andrea Leadsom. Cela ne devrait guère oblitérer les chances de Theresa May, mais pourrait mettre fin à la carrière de Michael Gove, et préparer la voie à un "duo de dames".  En effet, Theresa May, largement favorite, qui avait mollement participé à la campagne pour le maintien dans l’UE, a promis de s’adjoindre, tant pour négocier que gouverner, un ou une partisane du Leave, de la sortie de l’UE. Selon les probabilités du moment, ce devrait être sa rivale, Andrea Leadsom.

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L’essentiel est ailleurs. Non pas dans la renonciation de Nigel Farage (qui abandonne son rôle de chef de file de l’Ukip, mais non son très juteux siège au Parlement européen). Ni même dans la position très délicate de Jeremy Corbin, soutenu par la base travailliste mais renié par la plupart des parlementaires du Labour. Certes, dissensions, confrontations, pourront déporter des parties des électorats conservateurs ou travaillistes vers les partis nationalistes : le Plaid Cymru gallois, le SNP écossais, le parti unioniste ou le Sinn Fein de l’Ulster, et sans doute l’Ukip.

 

Mais ce qui reste crucial, et sur toutes les lèvres, c’est l’économie. Elle est plus ou moins liée au sort des trois millions d’Européens vivant au #Royaume-Uni : 1,46 provenant d’Europe de l’Ouest, 2,3 de l’Est, le reste de Malte ou Chypre.

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Pratiquement tout le monde, même l’Ukip, a plus ou moins promis que seuls les nouveaux arrivants pourraient se voir dénier les mêmes droits que les anciens, lesquels pourraient être tentés de se rapatrier ou d’émigrer ailleurs. Cela signifierait un manque à gagner fiscal, une dévitalisation de quartiers, de localités entières, de secteurs professionnels. Or, tout dépendra de ce que les pays de l’#Union Européenne décideront quant aux ressortissants britanniques sur leur sol. Mais promettre d’ores et déjà des garanties, comme le réclame la Première ministre écossaise, peut générer un appel d’air que le Royaume-Uni ne pourrait absorber.

 

L’autre aspect, c’est la fiscalité. George Osborne, qui conserve de fortes chances de rester au gouvernement, en dépit de l’hostilité des conservateurs pour le Brexit, propose déjà de réduire les taxes sur les entreprises de sept points, soit à 15 %, à peine davantage que l’Irlande (12,5).

 

La fiscalité disparate, tout comme les droits sociaux, reste le point faible de l’UE.

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Tous les pays donnent de mauvais exemples (comme les exonérations françaises en faveur d’investisseurs qataris). Le dumping fiscal comporte une contrepartie : taxer davantage classes populaires et moyennes. Cela se vérifie presque partout (hors très petits pays, paradis fiscaux ou assimilés).

 

L’effet domino redouté, si jamais le Royaume-Uni laissait traîner les choses alors que l’UE ne peut le contraindre de déclarer l’application du traité de Lisbonne, et si l’adoption d’une si forte réduction fiscale servait de chantage menaçant les pays du continent, contraints de tenter de s’aligner, ne jouerait pas forcément en faveur des partis populistes voulant, soit une sortie de l’UE, soit une renégociation drastique des traités. L’UE a bon dos… Le contre-exemple d’un Royaume-Uni bénéficiant toujours du marché commun, mais sabotant ainsi encore davantage la construction européenne, devrait en faire réfléchir plus d’un. Encore plus frappée au portefeuille pour compenser les cadeaux faits aux entreprises (et aux investisseurs étrangers), la majorité des électeurs serait amenée à réfléchir autrement sur l’opposition entre le plus d’Europe et le moins de convergence européenne.

 

Le plus fort danger qu’affronterait le Royaume-Uni, en dépit de l’avantage fiscal instauré, serait que l’incertitude découlant d’un statu quo détourne les investissements étrangers, en particulier chinois, vers le continent.

  #Brexit