Lord Jonathan Hill of Oareford, après le résultat du référendum favorable au #Brexit, avait démissionné de son poste de commissaire européen chargé de la sécurité. Après avoir nommé le Français Michel Barnier, considéré anglophobe, au poste de négociateur chargé des pourparlers de l’après-Brexit, Jean-Claude Juncker appelle Sir Julian King, l’ex-ambassadeur du #Royaume-Uni en France, à remplacer Lord Hill.

Pour le président de la Commission européenne, J.-C. Juncker, cette nomination vise à convaincre Theresa May, nouvelle Première ministre britannique, et ancienne ministre de l’Intérieur, à considérer que les négociations futures sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE doivent préserver la coopération entre la Grande Bretagne et le continent sur le plan de la lutte contre la criminalité et le terrorisme. Nombre de responsables de la police et des services secrets britanniques, favorables au maintien au sein de l’UE, avaient, lors de la campagne référendaire, mis l’accent sur ce que leur pays avait à perdre en ne devenant plus qu’un membre associé de l’Europol.

Sir Julian Beresford King est un ancien élève d’Oxford mais aussi de l’École nationale (française) d’administration (ENA), promotion 1989 (réunissant notamment Jean-François Copé, Nicolas Dupont-Aignant, David Kessler, et divers industriels). Ce n’est pas la promotion Voltaire (1969), dont est issue François Hollande, Ségolène Royal ou Michel Sapin, mais on comprend bien que ce diplomate peut trouver des relais d’opinion, en France comme dans le reste de l’Europe, pour jouer le rôle de go-between entre les dirigeants continentaux et le Royaume-Uni de Theresa May.

Jusqu’à la demande de l’application de l’article 50 du traité de Lisbonne, le Royaume-Uni reste, pour deux ans, membre à part entière de l’#Union Européenne.

La primature britannique a salué comme il se doit cette nomination qui reste suspendue à un vote du Parlement européen (sans doute une formalité, de fait).

Les Britanniques sont parfaitement conscients que la menace islamiste de Daesh se concrétisera à (très) court ou moyen terme sur leur sol. Tous les hauts responsables de New Scotland Yard ou des services secrets (MI5, MI6) en sont intimement persuadés. Nommer Sir Julian, qui a occupé divers postes à Bruxelles précédemment (Commerce, Affaires étrangères) n’est pas du tout anodin. Nous regretterons bien sûr le trop court séjour en France de l’ex-ambassadeur (accrédité en février dernier).

Mais il s’agit d’un réel francophile, dont la résidence en France, dans le Gers, lui reste chère.

C’est David Cameron, anti-Brexit résolu, qui l’avait proposé pour ce poste. Son épouse, Lotte Knudsen, une Danoise, est aussi chargée, à Bruxelles, de la justice pénale, de la sécurité, et de la lutte anti-terrorisme.

Bizarrement, le Brexit, dont l’issue n’est pas sûre puisque les Lords pourraient saisir la Haute Cour de justice pour exiger un second référendum sur la sortie de l’UE, pourrait relancer la vision d’un Jacques Delors d’une Europe non pas plus fédérale, mais plus sociale. C’est en tout cas ce que laisse envisager la « dame d’acier » (après Thatcher, la « dame de fer ») que serait Theresa May. Elle entend relancer une politique de réindustrialisation et favoriser les salariés.

Il est clair que l'enjeu européen consiste à réconcilier une élite cosmopolite, dont le nouveau commissaire est l'incarnation avec son épouse, et les laissés pour compte de la construction européenne qui, à la suite des Britanniques, considèrent de l'UE est source d'appauvrissement. C'est particulièrement évident à présent dans les Balkans, mais aussi partout où les partis nationalistes font des carences de la Commission (et en fait de la concertation des chefs d'États et des ministres) leur cheval de bataille. Les Britanniques en sont à présent éminemment conscients, et, quelle que soit l'issue des négociations, prêts à se montrer à la hauteur des enjeux.