Marine Le Pen entre à l’Élysée en 2017, sans majorité à l’Assemblée, et l’opinion lui rappelle sa promesse d’organiser un référendum sur l’U.-E. Elle tergiverse, procrastine, mais doit céder. Et comme David Cameron, le résultat lui impose de se reloger ?

Au lendemain de son accession au 10 Downing Street, Theresa May s’affirmait confiante. Depuis son premier grand entretien avec la BBC, ce dimanche, elle évoque un bémol sur les perspectives. Il faut s’attendre à des « moments difficiles ». Pas encore de sang, ni de larmes, puisque l’effondrement économique ne s’est pas produit, et qu’il semble devoir rester limité. Mais de réelles inquiétudes.

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À cela, deux raisons. Boris Johnson, en tournée européenne, se veut conciliant. Avec d’autres, en interne, il joue les boutefeux. Il réclame le beurre (les contrôles aux frontières) et l’argent du beurre (pas de contribution financière, pas de modèle norvégien ou suisse, même mieux adapté). Il veut imposer de rompre avec la Cour européenne. Whitehall continue de s’affirmer confiant mais le cabinet est divisé. Le chancelier (Finances) Philip Hammond voudrait repousser presque sine die l’évocation de l’article 50 et veut rechercher un compromis acceptable par Bruxelles. Il n’est pas si isolé… De plus, la rue manifeste, les Remainers espèrent que le #Brexit sera longtemps repoussé, voire inappliqué. Boris Johnson se dit « confiant », Hammond se veut « confiant et réaliste », et surtout pas hâtif.

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Et puis, Mrs May vient de rencontrer, à Hangzhou, ses homologues du G20. La Chine s’inquiète du report de son contrat nucléaire conjoint avec EDF (Hinkley Point) qui pourrait impliquer, si dédit, 6 milliards d'euros de compensations, et bloquer les négociations bi-latérales. Obama lui a signifié que l’U.-K. attendra la conclusion des négociations avec l’U.-E., voire d’autres, et de se placer au bout de la queue d’attente. Le Japon a fait encore mieux : un communiqué de mise en garde mentionnant les grandes compagnies ayant sièges ou filiales au #Royaume-Uni. Le Japon, en coulisses, s’inquiète aussi des répercussions de l’affaiblissement de la livre sur les marchés des changes. Merkel et Hollande lui ont soufflé dans l’oreille que de lui accorder des concessions reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore, comme l’a exprimé clairement par ailleurs Thomas Oppermann (social-démocrate), dont Merkel ne peut se passer au parlement.

Déclencher l’art. 50 reviendra à se retrouver dans un dilemme de type Catch-22 (quasi-inextricable).

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Mrs May pourra sans doute se targuer d’un bon accord en voie d’étude avec l’Australie… mais qui ne serait conclu qu’après l’invocation de l’art. 50.

Sur le plan intérieur, Whitehall va créer un fonds de soutien à l’immobilier. Mais quand surviendra la suspension des aides européennes à divers secteurs et régions, il n’est pas sûr que celle de la contribution britannique compenserait tout à fait. Car si la confiance s’érode, les ressources budgétaires suivront, la majorité parlementaire se divisera.

John Bruton, ex-Premier ministre irlandais, relève que Whitehall navigue à vue et ne se prononce pas clairement sur le rétablissement des contrôles douaniers avec l’Irlande du Nord. Il est « crucial », dit Londres, de maintenir le statu quo mais, est-ce réaliste ? Bruxelles le tolérerait-il ?

Les « yaka, faukon » de Marine Le Pen peuvent séduire, mais quelles propositions concrètes le FN entendra-t-il faire valoir à Bruxelles, Berlin, Rome, Madrid, Washington, Pékin, Tokyo ? À Londres, on patauge encore…Dans le Financial Times, Diane James, qui succédera à Nigel Farage à la tête de l'Ukip, dresse la liste des « lignes rouges » encadrant les négociations avec l'U.-E. Fort bien, mais quelles compensations au juste, quelles monnaies d'échange ? Répartir le montant de la contribution britannique entre les TPE et PME, les autoentrepreneurs, les mères au travail, pourquoi pas ? Et cela devrait suffire à remporter les négociations ? La question est posée au FN. #Front National