Si Atlantico a demandé à Matthew Karnitschnig et Michael Lambert de débattre sur les répercussions de l'élection de #Donald Trump sur l’U.-E., ce n’est ni pour conforter le Comité français pour Trump, ni pour faire dans le sensationnel. Les dirigeants européens (le Hongrois Viktor Orban, quelques ministres de divers États exceptés) se sont prononcés pour Hillary Clinton. Seuls le FN et divers apparentés divergent, séduits parle modèle anti-immigration, défense des productions nationales, qu'il fait miroiter. Nicolas Sarkozy, après François Hollande, a déclaré « je souhaite la victoire d’Hillary Clinton ». Hollande et des experts estiment que ce n’est pas du tout évident, Sarkozy se résignera « si c’est Donald Trump, ce sera Donald Trump ».

Publicité
Publicité

Repli vs interventionnisme

Sans se prononcer pour Trump, des éditorialistes britanniques reprennent à leur compte son portrait d’Hillary Clinton : « va-t-en guerre » à la « la gachette facile ». Traduisez sereinement qu’on la présume moins souple envers Vladimir Poutine. Or, les sanctions contre la Russie n’enthousiasment pas divers producteurs européens. En sus, le repli sur une politique protectionniste est antagoniste avec la signature de traités de libre échange (Tafta). Les opinions européennes n’en veulent pas, la mobilisation populaire est forte en Allemagne. Trump veut aussi présenter la facture des protections (Otan, Japon, Corée du Sud, Philippines) aux pays concernés. Dans ce cas, pourquoi ne pas accélérer une défense coordonnée européenne, avec ou sans la Turquie ? Michael Lambert, dans Atlantico, évoque « un grand [sur]saut fédéral ».

Publicité

Il est souhaité par la France et l’Italie, l’Allemagne et la Commission européenne. La France retrouverait, confortée par l’U.-E., un rôle plus marqué en Afrique, exporterait sans doute, comme l’Allemagne, plus facilement ses armements, négocierait différemment avec l’Iran et les pays du Moyen-Orient. Avec ou sans le Royaume-Uni, voire le Canada, un fléchissement de l’influence étasunienne pourrait profiter à l’Europe. Seul problème de taille, soulevé par Matthew Karnitschnig, celui du financement : « Les États-Unis représentent environ 75 % des dépenses de l’Otan », prendre vite la relève est inenvisageable. Il soulève aussi « une plus grande détérioration de la confiance mutuelle » en matière de renseignement.

Une « trump card » ?

Le Donald pourrait-il être la trump card (carte maîtresse, atout majeur) pour l’U.-E. ? Impossible d’en préjuger. De manière triviale, il est possible d’envisager le pire comme le meilleur. Cela étant, il ne faut pas s’exagérer la puissance d’un président, même majoritaire au Capitole (le Congrès, sénat et représentants réunis).

Publicité

Trump devra compter avec ses frondeurs. Comme d’autres, ses promesses l’engagent peu, sa future ligne politique différera de ce pourquoi il serait élu. Il faut aussi compter un facteur personnel. Trump se hisserait quelque peu au-dessus de son rôle d’homme d’affaires internationales. Mais ses sociétés comptent des implantations dans de multiples pays. Il sera tenté de nommer des chums ambassadeurs, tels des délégués commerciaux. Serait-il capable de s’enrichir personnellement aux dépens de l’intérêt national, cela sera-t-il toléré jusqu’à la fin de son mandat ? S’il va jusqu’à loger les centres culturels américains dans des immeubles Trump à fort loyer, cela se remarquera. Le bougre, si l’on en juge par l'usage des fonds de sa Fondation, la captation des dons pour sa campagne (il se loue à lui-même des locaux avec l’argent des donateurs), en serait capable. Je ne sais si Hillary Clinton, lors du débat de la nuit prochaine, sortira une carte maîtresse de ce genre, conservée sous le coude, mais on peut s’attendre à tout. Donald Trump veut aussi créer des emplois en s’appuyant sur l’extraction du gaz de schiste et une formidable croissance des dépenses militaires. S’il tient ses promesses fiscales, il lui faudra faire tailler sauvagement dans les autres budgets. Fragilisant devant le Congrès #International #Etats-Unis