Les discussions entre Bruxelles et Ankara sur l’adhésion de la #Turquie dans l’#Union Européenne sont suspendues. Ainsi en a décidé le Parlement européen par 479 voix (contre 37 et 107 abstentions). Il ne s’agit en fait que d’un vœu et les divers gouvernements des pays membres poursuivront sans doute les contacts avec le négociateur turc, Ömer Çelik qui a protesté que la mesure manquait de vision et de perspective. Sans faire allusion aux motivations du vote, soit une purge d’une ampleur sans précédente depuis les temps du bloc communiste et des dictatures sud-américaines, Ömer Çelik s’est contenté de redire qu’il est facile de se déterminer ainsi dans des pays qui n’ont pas été soumis à la terreur terroriste.

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‘’La Turquie a une frontière commune avec la Syrie et l’Iraq sur 1 295 km, s’est engagée dans un combat résolu contre la terreur’’, et l’Europe devrait ‘’faire preuve de solidarité’’, a-t-il conclu.

Erdogan souffle chaud et effroi

Il est indéniable que les forces armées turques interviennent activement en Syrie, aux côtés des factions diverses de l’Armée syrienne libre, contre le régime d’Assad mais aussi les Kurdes soutenus par la coalition arabo-occidentale. Les pertes turques de ce jeudi s’élèvent à trois morts et dix blessés du fait d’un raid aérien mené par des chasseurs syriens. Cela porte le total des militaires turcs tués dans cette offensive à 16. Par ailleurs, il est tout aussi vrai que les attentats sont fréquents. Le siège du gouvernorat d’Adana a été l’objet de l’explosion d’une voiture par une conductrice qui a provoqué deux décès et blessé une trentaine de personnes ce jeudi matin.

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Mais la décision européenne répond à l’extension des purges depuis le coup d’État raté de juillet dernier. Erdogan souffle le chaud et le froid, faisant récemment libérer une journaliste en vue, mais continuant de prolonger et reporter le procès de la rédaction du quotidien Özgür Gündem. L’audience de ce jour est suspendue jusqu’au… 14 février. Ce quotidien d’opposition de gauche est surtout connu pour ses prises de position sur le conflit opposant Ankara aux Kurdes. L’ancien maire kurde de Mardin a été arrêté le 21 dernier, ce à la suite de nombreuses arrestations d’édiles kurdes. Réfugiée en Europe, une députée, Hezer Öztürk, du parti HDP, pro-Kurde, a vu par contumace sa condamnation alourdie : 48 ans d’emprisonnement. Mais par ailleurs, des magistrats emprisonnés pour conspiration terroriste avec le Fetö güleniste ont été libérés après avoir ‘’confessé’’, exprimé leurs regrets, et donné des informations.

Les gouvernements réticents

Hormis le gouvernement autrichien, la plupart des autres dans les pays de l’UE considèrent qu’il convient de poursuivre les négociations avec la Turquie.

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Allemagne et France tiennent au maintien du pacte signé avec Ankara au sujet des réfugiés et migrants. Mais ils n’en maintiennent pas moins l’obligation de visa d’entrée pour les Turcs et s’opposent au rétablissement annoncé de la peine de mort, projet parlementaire soutenu par Erdogan. Autre point délicat : l’acceptation des demandes d’asile politique déposés par les militaires turcs en poste dans les instances de l’Otan hors de Turquie. Ankara avait demandé l’adhésion à la Communauté européenne en 1959. Ce n’est qu’en décembre 2004 que l’Union européenne a formellement envisagé d’examiner la demande. Depuis, les négociations sont de fait au point mort. Le cas de Chypre a freiné les pourparlers dès 2005. Il reste pendant puisque l’île reste divisée, avec sa partie nord restant de fait rattachée à la Turquie. La situation pourrait évoluer alors que l’impact des purges dans les milieux économiques se fait sentir, affectant la croissance à la parité de la lire face à d’autres devises.