Déjà plus de 10 000 tweets postés à la suite de ce sonnet extrait des Fleurs du mal, et la page officielle Facebook est pleine à craquer ! Elle affiche un nombre de j'aime croissant, avoisinant les 1 million au moment de la publication du présent article !

Voici la star du jour : Le rebelle

Un ange furieux fond du ciel comme un aigle,

Du mécréant saisit à plein poing les cheveux,

Et dit, le secouant : " Tu connaîtras la règle !

(Car je suis ton bon Ange, entends-tu?) Je le veux !

Sache qu'il faut aimer, sans faire la grimace,

Le pauvre, le méchant, le tordu, l'hébété,

Pour que tu puisses faire à Jésus, quand il passe,

Un tapis triomphal avec ta charité.

Tel est l'Amour ! Avant que ton coeur ne se blase,

A la gloire de Dieu rallume ton extase ;

C'est la Volupté vraie aux durables appas !"

Et l'Ange, châtiant autant, ma foi !qu'il aime,

De ses poings de géant torture l'anathème ;

Mais le damné réponds toujours : " Je ne veux pas ! "

Poème de Charles Baudelaire

L'insurrection poétique est partout, même sur le net

C'est bien la thématique du printemps des poètes choisie cette année, l'insurrection poétique, qui est à l'origine de ce phénomène incroyable. Il se trouve que le fameux poème, intitulé Le rebelle, tombe en plein dans le mille. Quoiqu'à bien regarder les définitions, un rebelle n'est pas forcément un insurgé, bien que les deux énergumènes aient généralement de quoi s'entendre. Ce détail n'a toutefois que peu d'importance face à l'ampleur du phénomène. Un tel engouement de la part des internautes est plus que surprenant, c'est même à n'y rien comprendre, et ce, d'autant plus que le poème ne date pas d'hier ! En effet, publié pour la première fois dans la troisième édition des Fleurs du mal de 1868, cela fait presque 150 ans qu'il circule librement dans les librairies, les écoles, les bibliothèques, et sous les manteaux en période d'intense trafic de poésie clandestine.

Comment vous n'avez jamais entendu parler de trafic clandestin de poésie ? Sortez de chez vous ! Il s'agit d'un trafic très enrichissant, mais peut-être pas au sens où la finance l'entend...

Entourloupe sous le manteau

Vous trouvez ça fou ? Rassurez-vous, ou plutôt déchantez, il y a bien anguille sous roche. Je vois déjà à regret, vos yeux tantôt écarquillés, retomber lentement dans le désenchantement, pour vivre l'ascenseur émotionnel si bien décrit par Gad Elmaleh dans son sketch l'autre c'est moi...

... alors que "Je est un autre " lui aurait répliqué le jeune Rimbaud, dans cette conscience quasi mystique de la multiplicité de nos identités, et de la manière dont nous ne nous appartenons pas, tout en étant paradoxalement nous-mêmes ! Sentons poindre la philosophie au dedans de la poésie répliquée à l'humoriste.

Par ailleurs, le rapprochement humoristico-poétique (pardon du néologisme), tombe bien, car depuis le 16 mars, c'est aussi le printemps du rire à Toulouse, et ce jusqu'au 28 mars. C'est ce que l'on appelle faire d'une pierre deux coup au jeu du ricoché sur l'eau des idées. Ou un article déstructuré. Voyez plutôt vous-même !

Mais il suffit de digressions. Dans cette eau des idées, je vous informais donc, si vous ne l'aviez déjà deviné, qu'il y a anguille sous roche ! Dans la sous-partie précédente, seules les informations historiques sont justes. Baudelaire ne fait pas le buzz sur le net, ou tout du moins pas encore. Je compte un peu plus loin sur votre complicité pour que ceci devienne peut-être le cas. Après tout, qui sait ce que peut faire un poème ? En attendant, l'accroche et le chapeau de l'article ne sont qu'un demi-canular, un rêve vaguement dissimulé de changement qui s'exprime au prétexte de poésie, en lien direct avec le thème de l'insurrection poétique, mis à l'honneur cette année et prompt à autoriser toutes sortes de licences.

Eloge du mensonge

Alors rions, poétisons le monde, et mentons. Mentons pour dire des Vérités, mentons pour créer et générer le réel qui tends vers la beauté. Mentons comme on refuse le conformisme, ou plutôt, faisons mentir les lois médiatiques et les règles qui disent que la thématique people et showbiz est celle qui se partage le plus, et fait les meilleures recettes, la seule qui intéresse vraiment aujourd'hui, car elle permet de déconnecter des atrocités et des inepties du monde qui alourdissent nos quotidiens. Non ! Mentons à tout cela !

On prête à Malraux, ancien ministre de la culture, romancier, et souvent qualifié de mythomane, une curieuse idée. Ce personnage aurait dit à peu près ceci : à force de générer des mensonges, ou plutôt des fables, le monde aurait commencé à ressembler à ses histoires. L'information nous vient d'une source Wikipédia, elle-même peu certaine de l'authenticité de ces propos, alors c'est vous dire comme on nage en plein désarroi d'incertitude. Mais peu importe l'argument d'autorité et de vérité historique dans le cas présent, ce qui compte ici, c'est l'idée ; l'idée qu'en prenant le pouvoir de raconter le monde d'une certaine manière, il finira par advenir tel que nous le façonnons par la parole et le pouvoir de l'intention. A bon entendeur, mentons, mais mentons vrai !

La balle est dans notre camps

" Déjà plus de 10 000 tweets postés à la suite de ce sonnet et la page officielle Facebook est pleine à craquer ! Elle affiche un nombre de j'aime croissant, avoisinant les 1 million au moment de la publication du présent article ! "

Moi aussi j'ai cru à ce mensonge qui est pourtant le mien, ou plutôt j'y crois encore, et dur comme faire ! parce que vous lisez cet article et que vous êtes encore libres de partager ce sonnet de Baudelaire sur les réseaux sociaux, Twitter, Facebook, et j'en passe, pourquoi pas Gleeden entre deux adultères, et que sais-je encore ! Pour prolonger les mots de Jacques Bonnaffé, "Proclamez, déclamez, affichez, diffusez [la poésie] ...", que ce soit ce sonnet, Le rebelle, ou tout autre poème qui vous parle, peut-être même celui que vous n'avez pas encore trouvé et qui dort en vous d'un sommeil de chat prêt à bondir...

Que vive la poésie ! #Fait divers