Tout avait commencé par une petite annonce. Je l'avais encerclée d'un coup de crayon bleu alors que le RER filait bon train dans la grisaille déprimante de Paris. C'est souvent de cette manière que les destins basculent. À force de côtoyer quotidiennement des gens renfrognés, la mine tirée par trop d'heures de stress et victimes d'une vie dont ils ne voulaient plus, mais qu'ils ne faisaient rien pour quitter, je m'étais résigné à franchir le pas. Lorsque l'on commence à voyager au long cours et sans organisation sérieuse préalable, l'adrénaline du risque et le parfum d'#Aventure vous stimulent sans limite. Y prendre plaisir c'est s'y perdre, à coup sûr. Nous n'avons qu'une vie et il convient de gérer au mieux le peu de temps qui nous est alloué.

 

Rompre avec une vie d'obligations et de contraintes en tous genres, est un voeu pieux que peu d'entre nous sommes prêts à assumer. Nous sommes confortés, dès notre enfance, dans l'idée que la vie est un chemin tout tracé, conventionnel, politiquement correct et que pour être heureux, il ne faut surtout pas en dévier. Mais il y a des fous, des originaux, des types qui osent, ou qui n'ont pas le choix. Et ceux là se demandent pourquoi on peut résister à ce point à un enfer qui pousse jusqu'au burn-out, le fameux mal actuel, ajouté à celui de la grande mode du "sans gluten", jusqu'au jour où on va se rendre compte qu'en fait le gluten est excellent pour la santé.

 

Mais au fait, qui sont réellement les fous ?

 

En tous les cas, deux semaines après avoir rencontré un grand gaillard barbu et au cuir tanné comme un bagage en peau de chameau, je prenais le train sans billet à destination de la côte d'Azur. Je venais d'être engagé comme équipier au service de son #Bateau. Le voilier mesurait 25 mètres, une goélette en aluminium taillée comme le fuselage d'un Rafale. Elle étirait sa belle gueule le long du quai d'honneur de la marina de Saint Raphaël, quand je me suis hissé à bord avec délectation. Il faisait presque nuit et nous étions en Novembre, la saison des transats qui emporte les "voileux" depuis l'Europe vers les Antilles. Il avait suffi que je m'étende sur ma bannette pour me sentir le roi du monde.

 

Fini métro et RER, bouchon et plafond bas, corbeaux noirs, trottoirs noirs et arbres rabougris, destination les Caraïbes !

 

Puis, alors que nous mettions la dernière main aux préparatifs : avitaillement, bricolage de dernière minute, coup de clef par ci, coup de pinceau par là, une limousine s'était arrêtée à deux pas de la coque blanche. François, le propriétaire du bateau, avait rejoint le type en costume qui en était sorti, et ils avaient discuté un long moment. Le lendemain, un camion nous livrait des rouleaux de moquette et un traiteur avait débarqué avec tout un tas de cartons de bons whiskys. J'étais loin de me douter que nous allions exfiltrés des griffes du fisc une star du monde de la chanson. La moquette avait été étalée sur le pont extérieur et aussi dans le carré. La star possédait un grand Danois et il fallait lui éviter des glissades dangereuses.

 

Cette petite anecdote peut laisser rêveur. Même si cette aventure a eu lieu il y une trentaine d'années, je ne citerais pas le nom du chanteur très connu qui en est le personnage central. Il y en a qui quittent la grisaille et d'autres les paillettes. Certains s'exilent car ils ne gagnent pas assez d'argent, d'autres s'exilent parce qu'ils en gagnent trop. Nous vivons dans un drôle de monde. Bienvenue à bord ! #Société