Je suis arrivée à l’aéroport de Denpasar, crevée, fourbue, et pour cause : mon #Voyage dura plus de 27 heures, escales incluses. Après avoir embarqué à Bruxelles, fait escale à Doha au Qatar, repris l’avion pour Singapour pour enfin atterrir à Bali, je n’étais plus l’alerte baroudeuse que je suis d’habitude, mais une pauvre loquée cernée, traînant la patte et dans le plus total des jet lags.

 

L’accueil qui me fut réservé à Bali eut tôt fait de me faire oublier ce voyage des plus éprouvants. Dès les premiers instants, je ressentis la chaleur des habitants de l’île, le doux bercement des mélopées du crépuscule, les odeurs mêlées d’encens et de fleurs tropicales fraichement coupées. Je passai une nuit à Sanur, et dès le lendemain, dûment chaperonnée par un jeune et aimable guide nommé Ketut, je partis à la découverte de ce paradis terrestre.

 

Notre première journée de visites fut joyeuse, et riche en découvertes. Je découvris la nature, les villages, les monuments, les œuvres d’art et surtout cette ambiance inimitable, sans nulle autre pareille. Et peu avant le crépuscule, je posai mes valises à Candidosa, merveilleux village du Nord, au bord de l’océan. Ma chambre d’hôtel était digne de celle d’une princesse de conte de fées, et la vue sur l’Océan était d’une splendeur homérique. J’y comptais bien passer une longue, douce et langoureuse nuit.

 

Mais c’était sans compter sur les caprices de la Nature… et de l’une de ses Créatures. Sitôt le soleil tombé, un coq se mit à chanter. Non, je rectifie. Pas à chanter. A hurler. A braire. A meugler. Jamais je n’aurais envisagé qu’un volatile aussi commun puisse commettre un tel boucan, semblant émaner tout droit des Enfers.

 

Je me mis au lit vers 22 heures, toutes fenêtres fermées. Le sommeil ne venait pas… La Bestiole hurlait à la mort. Peu avant minuit, je pris un bain, pensant me calmer… Sitôt revenue à la chambre, je fus littéralement happée par un torrent de "Cocorico". A 01h30, n’en pouvant plus, je fermai toutes les fenêtres, en dépit de la chaleur caniculaire.

 

A 02h45, la bête continuant à s’époumoner. Je pris un tranquillisant et me mis la tête sous les oreillers. Rien n’y fit. En espérant que l’air frais, combiné à mon comprimé de benzodiazépines, m’assommât un peu, je m’installai sur la terrasse et entrepris de fumer des Kretek, ces fameuses cigarettes balinaises parfumées au clou de girofle, aux vertus prétendument apaisantes. Le coq venait d’entamer sa sixième heure de cris dantesques… Je commençai à broyer du noir, et j’envisageai de plus en plus sérieusement des solutions radicales telles que le fusil, le bazooka, pour terminer par la pose de mines antichars sous les pattes du volatile hystérique. Mes pensées vengeresses ne servirent qu’à m’énerver de plus belle.

 

A l’aurore, bourrée de tranquillisants et de Kretek, titubant de fatigue et animée par des envies de "volaillicide", je dus me rendre à l’évidence. Ma magnifique nuit de repos était irrémédiablement foutue. Aussi droite que la tour de Pise et aussi fraîche d’un maroille de la semaine passée, je pris mon bagage en grinçant des dents, et sitôt mon petit-déjeuner avalé, j’entamai ma route vers Lovinia. Moralité de cette histoire toute bête : "Il n’y a pas de paradis sans serpent… et il n’y a pas d’île tropicale sans coq neurasthénique".

 

Journaliste voyage, ce métier qui fascine

Richard Garro, le photographe de l'imaginaire #Humour