Ni véritable religion, encore moins relais des églises ou mouvements occultes tel la wicca chamaniste ou druidique, le Satanic Temple est une organisation présente dans une dizaine d’États des États-Unis et dans quelques autres pays (Italie, Angleterre, Finlande). Il se trouve qu’aux USA, obtenir le statut d’une église représente quelques avantages de notoriété (et financières aussi) supérieurs à celui d’une association ou fondation. Les fondateurs et membres, agnostiques, athées ou anticléricaux, cultivent cependant l’iconographie sataniste tout en se proclamant libre-penseurs.

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Ni dieu, ni diable

On pourrait qualifier les États-Unis d’État semi-théocratique (le président jure sur la bible, les billets de banque sont frappés de la devise nationale "en Dieu nous croyons", etc.).

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Mais la liberté d’expression – religieuse incluse – y est sacro-sainte (si l’on peut dire) et nombre de chapelles, sectes, obédiences en tirent parti. D’où la décision de la Cour suprême de permettre à un groupement évangéliste, le Child Evangelism Fellowship de créer des Good News Club (clubs Bonne Nouvelle) pour catéchiser les enfants des écoles primaires et élémentaires après les heures de classe. Bonne nouvelle aussi pour les parents ne pouvant rétribuer des gardes d’enfants (certains parents des milieux populaires cumulent deux emplois. Évidemment, le programme de ces clubs est prosélyte et créationniste (l’humanité ayant été décidée à l’identique de ce qu’elle est à présent par un créateur-géniteur divin). C’est sur cette décision juridique conforme au Premier amendement constitutionnel que se fonde le Temple pour implanter des ateliers périscolaires accueillant des élèves âgés de 5 à 12 ans.

 

Leur programme est en quelque sorte ludique et "cartésien", rationaliste, la pédagogie étant axée sur l’initiation scientifique et technique et le développement de l’esprit critique.

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Les After School Satan Clubs ont recours à une symbolique très discrète (inspirée quelque peu des Pokémons) encore moins effrayante que celle des festivités d’Halloween. Les implantations viseront en priorité les écoles dotées déjà d’un club Good News. Les parents auront ainsi le choix. Même si, dans un premier temps, ils pourraient se montrer réticents en raison de la dénomination de ces clubs positivistes, les qualifications des animateurs et la nature du matériel pédagogique, parfaitement neutre, peuvent les séduire. D’autant que les clubs seront ouverts à des enfants issus de familles de toutes confessions. Le Temple considère que les clubs Bonne Nouvelle ont aussi des visées d’influence politicienne et proclame sa stricte neutralité politique ainsi que sa totale non-proximité avec toute forme d’anarchisme chrétien (un mouvement pacifiste qui évoque aussi, de par sa méfiance envers les autorités, le mouvement libertarien, ultra-individualiste et libéral).

 

Un activisme laïque citoyen

Mais il se définit aussi résolument pro-choice (pour la liberté d’avorter), ce qui peut heurter certaines sensibilités.

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Le Temple ne se connaît ni rite, ni hiérarchie, ni autre texte fondateur hormis une sorte de table de la loi (sept principes généraux relatifs au respect des autres et au libre-arbitre). En cela il se rapproche du mouvement wicca, mais s’en distingue fondamentalement en réfutant toute recherche ésotérique ou spiritualiste collective (et en cela se différencie des obédiences maçonniques). Le Temple a dénoncé le psychologisme et le charlatanisme de certaines méthodes pseudo-thérapeutiques, les châtiments corporels infligés aux enfants, et s’est prononcé pour les droits des homosexuel·le·s et des femmes mais aussi pour des causes environnementales. Divers médias de premier plan et tout récemment le Washington Post ont fait état des thèses et initiatives du Temple sans jamais bien sûr le démoniser… Reste à savoir si l'effet d'annonce de ces clubs sera suivi de réalisations concrètes capables de contre-balancer l'emprise évangéliste dans les écoles. #Laïcité #Etats-Unis #Religion