Entrez, mesdames et messieurs, approchez et venez voir de plus près ces créatures dont les corps difformes et les particularités extraordinaires déjouent toutes les lois de la nature. Sont-ils réels, sont-ils humains ? Assurément. Pourtant, ils ont été longtemps désignés sous le terme peu flatteur de "monstres".

 Gagnant leur vie en s'exhibant, nombre d'entre eux furent offerts au regard des curieux lors de très populaires freak shows. Certains devinrent célèbres, firent fortune, se marièrent. D'autres connurent la déchéance, la dépression, l'alcoolisme. Mais tous ou presque ont un point commun, en plus de leur apparence physique hors normes : une collaboration avec Phineas Taylor Barnum, considéré à l'époque comme une référence en la matière. 

Barnum, homme d'affaires ayant connu quelques réussites et beaucoup de déconvenues, rachète en 1841 le Scudder's American Museum.

 Il se lance alors dans la présentation de spectaculaires freak shows, dont le public est friand. Géants, nains, siamois et autres "monstres" se produisent quotidiennement devant des spectateurs toujours plus nombreux. De temps à autre, la troupe quitte le Scudder's American Museum pour parcourir les Etats-Unis. En 1871, Barnum fonde le P.T. Barnum's Great Circus Museum and Menagerie avec l'entrepreneur William Cameron Coup. Quelques années plus tard, il se sépare de Coup et s'associe avec James Anthony Bailey. Doté d'une extraordinaire ménagerie, d'une scène à trois pistes (contre deux auparavant) et d'une tente de cinq mille places, ce nouveau cirque révolutionne le genre.

 Parmi les stars des shows élaborés au fil des ans par Barnum, l'on peut citer notamment le lilliputien Charles Sherwood Sratton, surnommé "le général Tom Pouce", Isaac W. Sprague, dit "l'homme squelette", le prince Randien, plus connu sous le nom de "l'homme tronc", et la femme à barbe Annie Jones surnommée "la femme singe", atteinte d'une forme sévère d'hypertrichose.  

Bien que, de nos jours, ces exhibitions puissent sembler scandaleuses, elles ont permis à de nombreux freaks d'accéder à une vie décente.

Grassement payés, bon nombre des phénomènes travaillant pour Barnum nourrissent à son égard une profonde gratitude. Charles Sherwood Stratton, devenu millionnaire, aidera même son employeur à renflouer ses caisses lorsque celui-ci rencontrera des difficultés financières. Nous avons tendance à penser que ces freaks étaient honteusement exploités, utilisés pour combler les désirs voyeuristes du public, mais ce n'est pas tout à fait exact. Replacés dans le contexte de l'époque, ces spectacles constituent un divertissement comme un autre et ne sont pas considérés comme indignes. Stratton, Sprague, Jones et les autres sont si appréciés de la population qu'ils reçoivent des lettres d'admirateurs, signent des autographes et monnayent à prix d'or des photos dédicacées. Ainsi, ils trouvent dans le monde du cirque et l'univers du spectacle une reconnaissance qu'ils n'avaient pas obtenue jusqu'alors. Le prince Randien obtiendra même un rôle dans le film "Freaks", chef d'oeuvre de Tod Browning s'inspirant du cirque Barnum. 

À la mort de Barnum, en 1891, Bailey continue de gérer l'entreprise jusqu'en 1906, date à laquelle il décède à son tour.

Le cirque créé par les deux hommes existe encore de nos jours, sous le nom de Ringling bros. and Barnum and Bailey Circus, et il est le plus grand du monde. Bien sûr, vous n'y verrez pas de freaks : les exhibitions de phénomènes humains ont depuis été interdites. Mais Phineas Barnum, ce businessman avisé, charismatique et roublard, a profondément marqué l'#Histoire du cirque et du spectacle. De ses "monstres" et lui, il reste aujourd'hui quelques images, des photographies troublantes ouvrant une fenêtre sur une lointaine et fascinante époque.

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