La constellation du #Serpentaire est connue des astronomes depuis le Grec Aratos de Solès (†245 av. J.-C.), dit aussi Aratus (comme depuis, un cratère lunaire), et son nom fut donné en 1971 à un astéroïde. C’est dire à quel point Dara O Briain, de la BBC, sait faire du neuf avec du vieux, et rénover un « marronnier » (sujet très récurrent en jardon de presse française, evergreen ou « persistant », colloquialism, expression familière de nos confrères britanniques). Les Français utilisent Serpentaire (dér. du latin), les anglophones Ophiuchus (dér. du grec). Et que retrouve-t-on, saisi au clavier par Mylène Bertaux, du Figaro ? « Ophiuchus, le treizième signe du zodiaque », oublié depuis… plus de 2000 ans. De fait, c’est faux. Voici près de trois-quarts de siècle que la presse française a ressorti ce signe de sous le « marbre » (on plaçait dans le tiroir sous le marbre du montage les sujets d’actualité froide, permettant de combler une page un jour, ou plutôt une nuit creuse), et une flopée de sites d’astro-« logie » vous vantent « l’horoscope des 13 véritables constellations » depuis belle lurette.

Verseau ou Capricorne ?

Quel·le adolescent·e n’a pas lu (voire relu, pris pour livre de chevet) un ouvrage consacré à son signe zodiacal ? J’avoue, vers 13-14 ans (de mémoire), j’ai consulté la liste des grands personnages nés sous le signe du Verseau, et je me suis reconnu (voire en partie construit) dans les traits de caractères longuement décrits, censés, selon les astrologues de l’époque, me caractériser. Environ moins d’une dizaine d’années plus tard, je me suis découvert Capricorne. Eh oui, le Serpentaire (30 nov.-16 déc.) était déjà fort utile aux journalistes stagiaires du mois d’août. Lesquels, si leur employeur n’avait pas souscrit un abonnement à une agence, étaient chargés de réinventer l’horoscope de leurs prédécesseurs (ils adaptaient celui de l’année précédente). Car, imperturbablement, après avoir pondu un papier sur le Serpentaire, la ou le même journaleux impétrant sorti ou non d’une école, reprenait le traditionnel horoscope du jour à douze signes. Ouf, la corvée me fut épargnée : l’horoscope était livré par l’agence fournissant les programmes radio-télé.

Le duodécimal plus « performant »

En presse, nous avons conservé très longtemps le système duodécimal ancien encore en vigueur en pays anglo-saxons (plus pour la monnaie au Royaume-Uni, depuis 1971, et la demi-couronne ou la guinée ont disparu, mais pour diverses mesures). C’était plus facile de diviser 12 points (de force de corps), plus aisé pour la mise en pages. Car 12 admet quatre diviseurs. On travaillait au typomètre, une règle plate, parfois à curseur, avec divisions en millimètres d’un côté, points de l’autre. De plus, au temps du plomb, du corps quatre, rarement utilisé sauf pour les contrats d’assurance, on passait au six, au sept, &c., mais à partir du 12, tous les corps disponibles étaient pairs (14, 16, 18…). Sauf rare exception, presque tous les fondeurs s’y conformaient. Pensez aussi aux heures, aux mois, aux douze phalanges pouce (non, pas la division du pied) exclu, pour compter sur les doigts, &c. Le système duodécimal a perduré car plus performant… Pourtant, pourtant, la plupart des bouliers comptent sept ou dix boules.

Le Serpentaire escamoté

Si le Serpentaire a été escamoté par les astrologues, avant comme après Aratos, c’est, suppose-t-on, pour diviser le ciel stellaire en douze parties plus ou moins espacées également. Donc, hop, entre Scorpion et Sagittaire, rien, pas de colosse tenant une sorte de boa déployé entre ses mains écartées. Douze mois, douze signes, c’est plus simple… jusqu’aux réformes des calendriers. Puis – dès lors et même antérieurement – bousculer une tradition bien établie peut conduire à faire douter de sa validité. Chambouler l’horoscope arabe, aussi intangible que le Coran, reviendrait à faire tourner le Soleil autour de la Terre… Impensable ! Sacrilège ! Et pourtant, pourtant... se mueve (elle tourne et n'est pas plate). #astronomie #Astrologie