Feu mon ami le Reverend Billy m’avait expliqué pourquoi il se faisait nommer ainsi. Billy Lloyd Hults (‡2009), libraire d’ancien en Oregon, avait fondé un mensuel (Upper Left Hedge), la Tolovana Arts Colony, et une religion dont l’appellation variait à son gré (genre Église bouddhiste du Dernier Cowboy). Son ministère consistait à célébrer quelques mariages et à jouer de la planche à laver, à Cannon Beach et ailleurs. Il ne prêchait jamais. Qui, à Paris, fréquentait la librairie Sheakeaspeare & Co l’a peut-être croisé (il y logeait gracieusement). ‘’Tu comprends, comme cela, j’échappe aux impôts’’, commentait-il sobrement. C’était une sorte de Yabi-Yum post-Beatnik à la Jack Kerouac. Il a d’ailleurs connu une certaine postérité (à moins qu’il ne se soit réincarné) avec la formation récente du groupe Reverend Billy & The Stop Shopping Choir (une chorale écologiste, anti-publicité, anti-consommation).

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C’est dire si la spiritualité, aux États-Unis, prend des formes multiples, mouvantes, subtiles, farfelues, individuelles, activistes et autres. C’est tellement protéiforme que la multitude de groupes réduits à un individu ou plus largement étendus échappent à toute tentative de description globalisante. Tenez, prenez la #wicca qu’Anne Larue (voir Wikipedia et autres) a largement popularisée en France avec son Fiction, féminisme et post-modernité (éds Garnier). Une ‘religion’ sans texte fondateur, sans hiérarchie, sans schisme, &c., autorisant toutes sortes d’interprétations. Constatez aussi que si la wicca inspire maintes œuvres de littératures populaires, le vodoo (vodou, vaudou) est devenu une source d’inspiration influente de diverses chanteuses, divers groupes musicaux nord-américains. Côté paganisme, c’est le trop plein. Côté athéisme, des activistes s’intitulant satanistes obtiennent le droit d’animer leurs Sunday Schools et leurs ateliers d’activités extra-scolaires et de soutien scolaire dans les écoles… Cela, avec l’élection de Donald Trump, semble prendre de l’ampleur.

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Diverses autorités, au nom du Premier Amendement, de la liberté d’expression et de culte, finissent par se plier aux revendications des adeptes. Dernier exemple en date avec le Reverend Phelan Moonsong, de l’État du Maine.

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Nudiste, adepte du Dieu Pan

Phelan Moonsong, 56 ans, officie lors de cérémonies muni de cornes de chèvre sur le chef, de sabots fendus de bouc (en fait en fourrure), et de pantalons de rodéo aux franges en poils de caprins. Ce ministre du dieu Pan ne quitte jamais sa paire de cornes, même lorsqu’il se promène dans le plus simple appareil, hormis pour se doucher en plein air. Il vient d’obtenir de l’État du Maine le privilège de porter ses cornes sur ses photos d’identité, dont celle de son permis de conduire. C’est une première pour le Maine, mais une trentaine d’autres États acceptent déjà aisément ce type de revendication (hormis pour le voile intégral, le triple voile des musulmanes, la coiffe du KKK — Ku Klux Klan). Les cornes, et d’autres ornements, sont considérés à l’instar de la kippa ou yarmulka israélite, du turban sikh, &c., conformes aux législations ; les religions ou sectes ou spiritualités en profitent pour se manifester publiquement.

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‘’Quand les gens voient mes cornes, ils se disent qu’on peut être soi-même en public’’, a commenté Phelan Moonsong pour le Washington Post. Désormais, il peut franchir les contrôles des aéroports munis de ses cornes et se rendre en costume sacerdotal aux nombreux rassemblements de païens de toutes sortes, aux cérémonies wicca et autres. Les cornes, un petit ‘pas’ pour l’homme, un grand pour l’humanité ? Ou l’abolition d’un ‘ne pas’ administratif superflu ? L’édoniste page Facebook du faune MoonSong et celle du Priest and Pristress of Pan (et d’autres églises syncrétistes) ont en tout cas observé des pics de fréquentation. Dans le monde anglosaxon, le jedism (religion du Jedi, de Star Wars) fait aussi régulièrement parler de lui..Athées, agnostiques et autres recherchent davantage de visibilité. #Satanisme #Etats-Unis